Un trés beau film: L’atelier de mon père

3 May

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Jennifer Alleyn avec son père Edmund.

Il n’y a pas longtemps j’ai eu l’occasion de voir ‘l’Atelier de mon père’, un trés beau film de Jennifer Alleyn produit par Jeannine Gagné à Amazone Films. Le film prend l’affiche à ExCentris en français et au Cinéma du Parc et anglais à partir du 9 Mai. Excellent montage par Annie Jean. C’est un film à voir au grand écran.

Il était tout un artiste, Edmund Alleyn: un grand coloriste, créatif et aussi très original. Il ressort du film de Jennifer que son père a effectué bien des ruptures au cours de sa carrière. Chaque fois qu’il obtenait un grand succès il délaissait le style qu’il avait affectioné pour se lancer dans une nouvelle aventure imprévisible.

Créatif, original, mais pas loquace. Jennifer a faut une entrevue avec lui, qui commence le film. Il livre des vérités lourdes de sens, mais elle a du travailler fort pour lui les arracher. Et il est mort pas longtemps après. Le film témoigne de sa vie et de son art.

En plus des grandes qualités du film en termes cinématographiques je me suis en quelque sorte reconnu dans ce film, puisque mon père Arne est un artiste. Il vit en Suède, il a quatrevingt-onze ans, et il continue à peindre. Mon oncle Torsten, décédé il y a un an, était peintre et sculpteur. Ma soeur Eva peint des aquarelles et fait des dessins. En regardant le film de Jennifer j’ai presque senti l’odeur de la peinture d’huile des studios d’artistes de mon enfance.

J’ai imaginé que ça n’a pas été facile pour Jennifer de faire un film sur son père, et je lui ai posé quelques questions.

Comment t’es venue l’idée de faire un film sur ton père?
Je me suis trouvée devant une pensée, une philosophie que j’ai eu envie d’approfondir, de mieux connaître. Le fait qu’il s’agisse de mon père m’est même d’abord apparu comme un obstacle. J’étais consciente qu’il n’avait ni la reconnaissance de Riopelle, ni le pouvoir d’attraction d’un Borduas. Mais son parcours me fascinait. C’est celui d’un esprit libre.

Quels sont, dirais-tu, les grands thèmes que l’on retrouve dans le film?
Le film s’articule autour de deux thèmes chers à Edmund Alleyn, qui sont la mouvance et la fixité. La mouvance, métaphore de la vie, se retrouve non seulement dans le parcours géographique de cet artiste qui a vécu à Québec, puis à Paris et enfin à Montréal; mais aussi, d’un point de vue iconologique, dans les symboles représentés dans les oeuvres, au premier plan le motif de l’eau qui traverse la peinture d’Edmund Alleyn, du début à la fin. L’idée de fixité, qui apparaît plus tardivement dans l’œuvre, est présente dès le début du film. Cet atelier déserté par l’artiste, ce lieu où le temps est suspendu, suggère la fixité de la mort, un arrêt du mouvement.

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C’est un film très personnel, as-tu hésité avant de l’entreprendre ?

Je n’ai pas hésité, mais j’ai attendu longtemps. Je savais qu’il serait impliquant et truffé de risques! J’avais déjà tenté d’approcher mon père avec une caméra, mais il redoutait les entrevues, il était secret. Puis, trois ans avant sa mort par un après-midi d’été, il a ouvert la porte et j’ai pu lui poser quelques questions. Après son décès, ces bandes vidéo ont pris une autre valeur. Et lorsque j’ai hérité de son atelier, le projet s’est imposé de lui-même.

Aurais-tu pu faire le film pendant que ton père était en vie? Regrette-tu de ne pas l’avoir fait?

Le seul regret que j’ai, c’est qu’il n’ait pas pu assister à la première du film!
Mais il aurait été impossible de faire le film de son vivant parce qu’il aurait voulu tout contrôler et j’aurais fait son film! Un peintre, par définition, est un créateur total. Avec son décès, un mur est tombé. Maintenant je le remercie d’avoir mis cette paille, si riche, dans mon berceau. Il a fallu qu’il parte, que le lien émotif ne soit plus là, entre nous, comme une interférence, pour que je puisse entrer dans son monde.

Tu as choisi de parler à ton père. Est-ce avant tout un choix de communication avec le public, ou parce que tu avais des choses à lui dire, ou à mettre au clair entre vous ?
En cours de recherche, il m’arrivait d’écrire à mon père de courts textes. Ils étaient souvent trop intimes, mais ils ont nourri la narration. Et j’ai gardé le Tu qui me semblait à la fois personnel et permettant une implication du spectateur. On a tous un père à qui l’on a dit tu. J’ai fait ce film parce que je crois au dialogue, à l’humain, à la richesse des idées partagées. Mais le dialogue dont je parle à la fin du film est celui que j’entame avec son oeuvre. C’est celui de l’art, qui va de soi à soi et qui ne finit jamais.

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