Docs du Brésil au Cinéma du Parc

Scandal Yes
Manda Bala

Récemment un ami m’a prêté un très puissant documentaire, intitulé Manda Bala (2007). Il s’agit du premier film de Jason Kohn, jeune cinéaste de 27 ans, qui traite de la corruption et du crime au Brésil. Les énormes disparités entre les revenus dans le pays sont à l’origine de cette situation , raconte Kohn dans l’entrevue réalisée à l’occasion du Sundance Film festival 2007 où il a remporté le Grand Prix du Jury pour le film documentaire. Il voit les riches en train de dérober les pauvres et les pauvres par le biais du crime, des enlèvements et de l’extorsion tentent de reprendre un morceau du gâteau des riches, souvent de façon terrifiante.
Le film présente des personnages forts et un accès remarquable. Jason Kohn a été l’apprenti d’Errol Morris et cela paraît, mais il fait plus que juste copier son mentor. Le film est tourné en cinémascope, donc avec un format d’image très large, et avec beaucoup d’attention portée à l’esthétique. Un des aspects originaux du film est la façon dont les interprètes sosies apparaissent dans le cadre à côté des personnages traduisant leurs paroles, pendant que ces derniers semblent écouter et contempler leurs propres mots. ( Errol Morris a déjà utilisé la même technique lors d’une cérémonie des Oscars).
Une des déclarations de Kohn dans l’entrevue en question sonne très familière: « L’entreprise de réaliser un documentaire plus puissant que la moyenne sur une période de cinq ans est une expérience que peu de gens connaissent. L’apprentissage était dur et le processus difficile, solitaire et dépourvu de toute satisfaction immédiate. »

Manda Bala est un film américain, mais présentement vous avez l’occasion de voir des documentaires brésiliens à Montréal. C’est la première édition du Festival du Film Brésilien de Montréal, organisé par l’Association Jangada, et il présente du 14 au 20 décembre au Cinéma du Parc une intéressante sélection de films de la nouvelle vague de réalisateurs brésiliens, dont 6 documentaires sur la société et la culture de ce vaste et fascinant pays.

ginga
Ginga

Mon assistante Dijana Lazar a demandé à Juliette Vincent, chargée de projets chez Jangada, de nous dire quelques mots sur les différents documentaires qui vont être présentés au Festival :

« La sélection de documentaires répond à la même exigence que la programmation générale : la diversité. Certains documentaires sont l’oeuvre de réalisateurs confirmés et primés (Toni Venturi pour Jour de fête, Lucia Murat pour Regards d’ailleurs), d’autres sont des premiers longs métrages (Frontières de sable, Ginga). Pour certains, ils abordent des thèmes que la plupart des gens associent automatiquement au Brésil (le soccer, la capoeira, la samba, la plage), mais traitent le sujet en profondeur et surtout avec un regard brésilien.
De façon générale, ils permettent d’appréhender la société brésilienne dans sa multiplicité, des sans domicile fixe de São Paulo (Jour de fête) jusqu’aux privilégiés qui bronzent au Posto 9 (Frontières de sable). La plupart des films sélectionnés ont été vus dans des festivals internationaux, mais rares sont ceux qui ont été présentés à Montréal. »

Voici quelques synopsis pour vous donner un aperçu de la programmation documentaire :

Ginga, réalisé par Hank Levine, Marcelo Machado et Tocha Alves
Le secret qui se cache derrière les succès footballistiques brésiliens consiste en un mot : la ginga. Une habileté particulière du corps qui en fait les meilleurs dribbleurs, passeurs et buteurs, qui les fait jouer comme si l’autre équipe n’existait pas. Mais la ginga ne s’apprend pas. Elle est inhérente à la personnalité brésilienne. Elle est aussi une façon de ne rien prendre trop au sérieux. Des brésiliens de tous niveaux sociaux et de différents endroits du pays racontent dans ce documentaire leur passion pour le foot et l’importance de la ginga dans leur vie.

Dia de Festa (Jour de Fête) réalisé par Pablo Georgieff et Toni Venturi
Quatre femmes aux destins similaires qui connaissent la rudesse du travail rural et les soirs de faim. Ivaneti, Silmara, Janaína, et Ednalva ont été abandonnées par leurs maris et partent pour la « grande ville » à la recherche d’une vie meilleure. Une fois à São Paulo, sans logement, révoltées, elles prennent la tête d’un mouvement social et politique qui leur donne une raison de vivre : les Sans Toit du Centre. Jour après jour, on suit leur combat symbolisé par l’occupation de sept immeubles vacants du centre ville.

Olhar estrangeiro (Regards d’ailleurs) réalisé par Lúcia Murat
Quel regard le cinéma porte-t-il sur le Brésil ? Lúcia Murat jette un regard mi-amusé mi-agacé sur des films – essentiellement américains et français – qui se passent au Brésil et interroge leurs auteurs, réalisateurs et scénaristes pour mieux comprendre les mécanismes permettant l’existence des clichés. On passe ainsi avec jubilation de L’homme de Rio de Philippe de Brocca à Anaconda de Luis Llosa en passant par Blame it on Rio de Stanley Donen et Wild orchid de Zalman King.

regard ailleurs
Regards d’ailleurs

La production documentaire au Brésil, connaît-elle une expansion aujourd’hui ?

« Le documentaire brésilien actuel est remarquablement vivant ! Les débuts des années 90 ont été des années noires : le démantèlement d’Embrafilme et des mécanismes public de soutien ont gravement pénalisé la production cinématographique brésilienne. Mais depuis la mise en place d’un nouveau système de soutien, la création est repartie de plus belle !
Le documentaire brésilien est ainsi parvenu à la fois à un succès public et critique local et à une reconnaissance internationale. La production est consistante, et constituée en grande partie d’œuvres destinées à l’exploitation en salles. Elle offre une grande diversité sur la forme comme sur le fond, qu’on peut voir notamment au festival de documentaire E Tudo Verdade, créé au Brésil en 1996. »

Quelles sont vos attentes de cette première édition du Festival ?

« On aimerait que le festival contribue, tout d’abord, à affiner la vision que les personnes ont du Brésil. Le Brésil, c’est une culture multiple, métisse, des influences diverses. Nous voulons que les spectateurs, après avoir vu les films sélectionnés, en sachent un peu plus sur cet immense pays et aient envie d’en découvrir encore ! »

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Magnus Isacsson

As an independent documentary filmmaker I have made some fifteen films dealing with social, political and environmental issues. Previously I was a television and radio producer. I was born in Sweden in 1948, immigrated to Canada in 1970. I live with Jocelyne and our daughter Béthièle in Montreal, and my older daughter Anna lives in Toronto.