Doc d’ici: Un coin du ciel

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Lourdes

Un coin du ciel est le dernier documentaire de la jeune cinéaste Karina Goma, produit par la compagnie Virage. Il nous introduit dans les couloirs et les bureaux du CLSC Parc-Extension, l’un des quartiers les plus cosmopolites de Montréal, ainsi que dans la vie de ses résidents. J’aurai l’occasion de le voir à l’Ex-Centris, mais entretemps j’ai demandé à mon assistante Dijana Lazar de le visionner et de nous en parler. Voici ce qu’elle dit:

“Le film de Karina nous fait découvrir une toute autre réalité de Montréal et de la vie de ses immigrants. Au cœur du sujet, deux travailleuses sociales du CLSC Parc-Extension, Hélène et Tassia, qui travaillent assidûment pour améliorer le quotidien de leurs clients, souvent victimes d’injustices et d’isolement. Accablés par les problèmes d’intégration, de logements infestés de rats, de propriétaires insensibles à leurs demandes, nombreux sont ceux et celles qui nécessitent cette aide. On les voit défiler devant nos yeux, inquiets et timides : Lourdes, une jeune femme sri-lankaise enceinte de son deuxième bébé, une madame âgée qui appréhende l’expulsion de son appartement, un duo père-fils arménien qui sort de l’ordinaire. On suit leurs destins incertains dans les couloirs sinueux du CLSC, mais aussi dans leurs logements souvent délabrés et dans leurs lieux de culte, places de réconfort et de communion. Indéniablement le CLSC joue un rôle crucial dans la vie de tous ces personnages et on espère que le film de Karina, par sa grande humanité parviendra à briser quelques préjugés et éveiller notre compassion.”

Photo-Karina
Karina Goma


Autre fait intéressant, ce film sort en plein milieu de la contreverse sur les accomodements raisonnables; il a même été déposé à la Commission Bouchard-Taylor lors des audiences à Laval le 15 novembre dernier. J’ai posé une question à Karina sur ce sujet.

Ton film est maintenant vu dans le contexte de et à la lumière du débat sur l’accommodement raisonnable. C’était ton intention? Tu en es contente ou pas?

La recherche du film a débuté il y a plus de trois ans, à l’époque personne ne parlait des pratiques d’accommodements raisonnables. C’est pendant le tournage qu’a éclaté la controverse autour des cours prénatals dont les hommes étaient soi-disant exclus pour des raisons religieuses. J’ai été dévastée, car ce n’est pas du tout la réalité que j’avais observée sur le terrain. Afin de sortir les femmes du quartier de l’isolement, le CLSC a remplacé les cours théoriques traditionnels par des rencontres multilingues entre femmes animées par des immigrantes du quartier. Dans le tumulte de ce nouveau « scandale », personne n’a vraiment pris le temps d’aller vérifier sur le terrain le contexte très particulier dans lequel avaient lieu ces rencontres. À coup de titres-chocs et de formules lapidaires, on a condamné en bloc l’initiative du CLSC. Cette histoire a été très douloureuse pour les intervenants, parce qu’après des années d’efforts, ils avaient développé une formule à laquelle ils croyaient et qui donnait des résultats concrets auprès d’une clientèle très vulnérable. Comme les délais sont parfois très longs en documentaire, le film sort cet automne alors que le débat fait rage plus que jamais au Québec. C’est une coïncidence, mais je pense que le timing est idéal. J’espère qu’il permettra de découvrir ces gens qui réinventent dans des conditions souvent extrêmes, de nouvelles manières de vivre ensemble.

Ne manquez pas ce documentaire à l’affiche à l’Ex-Centris du 7 au 13 décembre 2007.

Merci à dijana Lazar

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Magnus Isacsson

As an independent documentary filmmaker I have made some fifteen films dealing with social, political and environmental issues. Previously I was a television and radio producer. I was born in Sweden in 1948, immigrated to Canada in 1970. I live with Jocelyne and our daughter Béthièle in Montreal, and my older daughter Anna lives in Toronto.