Americano prend l’affiche

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Mon ami le grand documentariste Carlos Ferrand a déjà été primé à plusieurs reprises pour son film ‘Americano’, un excellent ‘road movie’ continental dans lequel il prend le pouls des Amériques au complet, et arrive à un diagnostic qui n’est pas très encourageant, mais où l’espoir réside dans la force des personnages.

De la terre de feu à la terre de glace ‘Americano’ est le voyage personnel d’un cinéaste québécois-péruvien parcourant les ruelles des Amériques. De la Patagonie au Nunavut, au cours de quatre années, Carlos Ferrand a revu des amis chers, des hommes et des femmes rencontrés jadis lors de ses vagabondages américains : des parents, des cinéastes et professeurs, la cuisinière de son enfance, un médecin, tous porteurs d’une mémoire et d’histoires fortes et signifiantes, qu’il a voulu tirer de l’ombre.

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Le visionnement d’Americano nous laisse le souvenir du plus beau legs qu’un immigrant puisse faire à son pays d’accueil: lui raconter d’où il vient et de lui parler de la blessure de l’exil. Il laisse le souvenir d’un cinéaste qui chante, d’une cuisinière qui sait parler aux animaux, d’un chasseur d’ombres et de peuples disparus, de lutteurs masqués et de sacrifices humains, d’une prière à la Santa Virgen de la Guadalupe, d’hommes et de femmes qui se battent pour la justice; souvenir aussi d’un chant gospel et d’un poème d’Aimé Césaire; et enfin de « la princesse d’un futur incertain » et des espoirs d’un cinéaste pour un continent.

Vaste par le territoire qu’il embrasse, le film demeure un voyage intime par le regard qu’il pose et la parole qu’y tient Ferrand. Il se déploie comme un long chant de blues inspiré par la présence des peuples fondateurs. Americano est inclassable : road movie, plongée dans la mémoire, journal intime, film engagé sans être militant, film poétique empreint d’une profonde humanité.

Ne manquez pas ce grand film qui prend l’affiche le 21 mars 2008 au cinéma l’Excentris.

Doc engagé: Numéro spécial de la revue Possibles.

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André Thibault, photo Simon Bujold

A l’invitation de André Thibault, j’ai collaboré au numéro spécial de la revue Possibles sur ‘le documentaire, art engagé’ qui vient de sortir. Au menu une table ronde avec des documentaristes ainsi que des articles sur notamment le collectif des Lucioles, Gilles Groulx, le documentaire et les femmes et bien d’autres sujets. En plus de participer à la table ronde, j’ai contribué un article intitulé ‘Le temps joue pour nous,’ et une entrevue avec le grand documentariste de L’Inde Anand Patwardhan. J’ai posé quelques questions à André Thibault, le principal responsable du numéro.

Explique-nous c’est quoi la revue Possibles.

Ce périodique, qui a 31 ans d’âge, s’est voulu dès le départ une revue d’idées progressiste et critique non alignée à une orthodoxie idéologique, combinant des essais sur des sujets sociaux, politiques, économiques et culturels regroupés chaque fois autour d’un thème – et des textes de poésie et de fiction. Les fondateurs incluaient des sociologues engagés (ex. Marcel Rioux, Gabriel Gagnon) et des poètes (ex. Gaston Miron, Roland Giguère). Les valeurs d’autonomie et d’émancipation constituent le fil conducteur de la diversité des sujets traités. Distribuée par Dimédia, la revue est présente dans les principales librairies a vocation culturelle. Autrement, on peut s’y abonner ou commander un exemplaire en appelant 514-529-1316. La page WEB Possibles donne l’éditorial et la table des matières des derniers numéros, mais n’est pas interactive.

Pourquoi vous avez choisi de faire un no spécial sur le doc engagé ?

Il nous est apparu que dans l’actuelle relance des mouvements et de la critique sociale, le documentaire, de plus en plus mûr comme forme d’art, s’inscrivait comme partenaire important à côté des formes plus classiques d’activités de sensibilisation et de mobilisation : revues, livres, conférences, colloques, manifs. Nous avions besoin de mieux comprendre (et de le faire partager à notre public lecteur) la spécificité de son apport et le pourquoi de l’engouement qu’il connaît présentement. Face à la fébrilité éclatée des diverses formes d’intervention en rupture avec la pensée unique, c’était aussi l’occasion de bâtir des ponts entre partenaires poursuivant les mêmes buts mais ayant peu d’occasions de se rencontrer et encore moins de travailler ensemble.

Qu’est-ce que tu as appris en faisant ce numéro ?

D’abord la ferveur de la communauté virtuelle que constituent les documentaristes, ferveur tant sociale que créatrice. Comme je l’ai fait ressortir dans mon édito, l’alliage d’engagement et d’empathie m’est apparu un trait dominant : plus d’émotion humaine dans l’engagement, et plus de vision sociale dans l’exploration de l’émotion humaine. Les documentaristes représentatifs des tendances présentes n’ont pas de solution magique à proposer et encore moins à imposer, ils ne divisent pas le monde en une colonne des absolument bons et une des absolument méchants. Ils viennent chercher l’être sensible et le citoyen dans chacun et l’amèment à se questionner et à ajouter ses propositions dans un débat citoyen permanent revigoré. Et cela en utilisant toutes les ressources de l’art de raconter, mais appliquées au réel.

Socially commited docs: special issue of the Quebec magazine ‘Possibles’

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André Thibault, photo by Simon Bujold

Invited by André Thibault, I recently had the opportunity to collaborate on the latest issue of the magazine ‘Possibles’ on the subject of ‘Documentary: socially committed art’. ( my translation). In this issue you will find – in french -a round table with documentary filmmakers, articles on the collective Lucioles, on Gilles Groulx, on documentary film and women, and many other subjects. In addition to participating in the round table, I contributed an interview with India’s great documentarian Anand Patwardhan and an article entitled ‘Time is on Our Side.’ I asked André Thibeault, editor in chief, a few questions about the magazine and the special issue.

Could you tell us a little bit about the magazine ‘Possibles’?

This 31 year old journal was from the very beginning a review of progressive ideas and non-conformist criticism of an ideological orthodoxy, combining essays on political, social, economical and cultural subjects summed around a specific theme each time, and fictional and poetic writings. The founders were socially committted sociologists (ex. Marcel Rioux, Gabriel Gagnon) and poets (ex. Gaston Miron, Roland Giguere). The central theme, present in all different subjects examined over the years, is that of values found in emancipation and autonomy. The magazine is distributed by Dimédia and is present in all major culturally oriented bookstores. You can also subscribe or order a copy by calling this number 514 529 1316. The web site Possibles offers the editorial and table of contents of previous issues, but isn’t interactive.

Why did you decide to publish a special issue on socially committed documentaries?

We thought that in the light of the recent revival of social movements and criticism, the documentary has emerged as a more mature art form and is now an equal and important partner to other more classical forms of mobilization and awareness rising, such as books, conferences, demonstrations. We needed to understand (and share it with our public) the specific contribution of documentary films and examine why are the creating such a craze. It was also an occasion to create bonds with different partners pursuing the same goals, but not having many opportunities to meet and even less to work together.

What did you learn while researching this issue?

First of all I became aware of the enthusiasm present in the virtual community of documentary filmmakers, this enthusiasm is as much social as it is creative. As I pointed out in my editorial, what really struck me is the strong bond between social involvement and empathy: more human emotion in the engagement and more social awareness in the exploration of the human emotion. The documentary filmmakers who stand for these tendencies don’t have a magical solution to propose and let-alone one to impose. They don’t divide the world in two categories, the all bad and the all good. Instead they reach out for the sensitive human being and the citizen present in all of us and they make us question ourselves and incorporate these ideas in a permanent and invigorated civic debate. And this by using all the artistic means to tell a story but a real one.