Un rapport du Conseil du Statut de la Femme publié cette semaine tire la sonnette d’alarme. Les stéréotypes dans les médias et la publicité conduisent à l’hypersexualisation des jeunes, jeunes femmes en particulier. Les filles doivent être séductrices et tout faire pour plaire aux garçons. L’estime de soi prend le bord, hypothéquant les acquis arrachés de haute lutte par le mouvement féministe depuis les années ’60. Les médias ont contre-attaqué, la controverse fait rage.
La cinéaste Sophie Bisonnette qui a plusieurs films féministes à son actif (dont ‘Quel Numéro’, ‘What Number’, ‘Des lumières dans la Grande Noirceur’ et ‘Partition pour voix de femmes’) a sorti un film sur le sujet l’année passée: Sexy inc, Nos enfants sous influence. En regardant le film, on ne peut pas nier qu’il y a là un probléme sérieux. Produit et distribué par l’ONF, le film est un succès de distribution. Je lui ai posé quelques questions.
Depuis quand est-on conscient de ces problèmes, et qui – ou quel organisme – a été les premiers à mettre le doigt dessus ?
Sophie Bissonette : La sexualisation de notre environnement s’est installée insidieusement dans tous les médias et dans les produits de consommation offerts aux enfants et aux jeunes. Au Québec, c’est le Y des femmes de Montréal qui en premier a sonné l’alarme il y a 4 ans. Dans les programmes que le Y offre aux filles pour développer le leadership et l’estime de soi des filles, les animatrices se rendaient compte que les images sexualisées auxquelles les filles étaient exposées avaient un impact négatif important sur elles. Le Y des femmes a obtenu la collaboration des Services à la collectivité de l’UQAM pour monter un projet de recherche et de formation qui s’appelle Outiller les jeunes face à l’hypersexualisation. Et j’ai approché l’ONF qui a accepté de produire le film Sexy inc. Le film est le fruit de cette collaboration.
C’est un problème imporant, mais ton film a été fait avec un très petit budget. Pourquoi ?
Tu as raison Magnus, le sujet est complexe et les conséquences sont très graves. Cela mériterait que plus de ressources y soient consacrées. Nous avions un sentiment d’urgence qu’il était nécessaire de produire un film rapidement sur le phénomène, d’autant plus qu’il touche des enfants. Comme tu le sais Magnus, trouver le financement pour produire un documentaire prend maintenant plusieurs années. J’ai donc opté pour un film d’une demi-heure à petit budget pour qu’il puisse se faire dans l’année. On ne s’est pas trompé: le film est un blockbuster de l’ONF. La demande est très forte. Ceci dit, je sens qu’il y encore beaucoup à dire sur le sujet, et j’aimerais bien pouvoir faire maintenant un autre film pour poursuivre.
C’est un film pour les jeunes, ou pour les adultes ? Est-il possible de faire les deux en même temps ?
En fait, c’est un film pour les adultes, pour aider les parents, les enseignant/e/s, les éducateurs/trices et les intervenant/e/s jeunesse à intervenir auprès des enfants et des jeunes, pour les outiller. Des entreprises commerciales ont ciblé nos enfants et nos jeunes pour leur vendre des images sexualisées et très stéréotypées. Nos enfants baignent dans cet univers-là maintenant. Il faut absolument que les parents et tous ceux et celles responsables de nos enfants réagissent et reprennent le terrain perdu à ces entreprises. Le film est aussi très percutant pour les jeunes de 14 à 16 ans, mais il est inapproprié pour un public plus jeune. Non, il n’est pas possible de faire les deux. J’avais besoin dans ce film de conscientiser les adultes en leur montrant quelles sont les images auxquelles leurs enfants sont exposés y compris la pornographie et d’avoir des témoignages parfois crus sur les impacts, notamment les pratiques sexuelles des jeunes.
Quel rôle un film avec un contre-message peut-il jouer auprès des jeunes, alors qu’ils sont justemment inondés de messages ?
Les enfants et les jeunes sont très mal à l’aise avec ces images. Ils se sentent envahis, sous pression, qu’on leur propose un modèle unique, des stéréotypes qui ne correspondent pas à leurs aspirations personnelles. Il faut développer leur esprit critique et leu discernement pour en faire des résistant/es à ces images, leur proposer d’autres modèles (nous-mêmes en tant que parents sommes les meilleurs modèles) et leur offrir des alternatives. Il faut faire confiance à nos enfants et avec eux et elles repousser ce phénomène. Nous avons affaire ici à de gros joueurs, donc il faut s’impliquer à la fois personnellement auprès de nos enfants et collectivement si on veut y arriver. Comme on le voit dans le film, une mère de famille décide de faire l’éducation de ses jeunes enfants en rhabillant de façon créatrice les filles à moitié nues d’une publicité d’American Apparel à l’endos du journal “Voir” et d’envoyer les créations des enfants avec leur message aux compagnies en question. C’est un exemple d’une très belle initiative qui pourrait être reprise par d’autres.


Je suggère de rendre le film disponible sur Youtube. Surtout que tous les jeunes y sont en train de se créer une indentité!