Martin Duckworth et moi préparons actuellement avec l’ONF la sortie en salle de notre film LA BATAILLE DE RABASKA. Martin et moi serons présents à plusieurs des visionnements en salle (Cinéma de l’ONF à Montréal et Cinéma Cartier à Québec, à partir du 5 décembre). Aussi, nous aurons l’occasion d’accorder plusieurs entrevues aux médias. Il nous fera évidemment plaisir de parler du film, des personnages, etc. Mais j’ai aussi l’intention de poser la question suivante : n’y aurait-il pas lieu de faire une enquête sur le processus décisionnel qui a mené à l’approbation de ce projet ?
On voit dans le film que Rabaska produira des quantités énormes de gaz à effet de serre, que le projet représente un danger sérieux pour la population locale et qu’il menace une région à forte valeur patrimoniale. Pourquoi, alors, les institutions et agences qui auraient dû protéger les intérêts de la population n’ont-elles pas soulevé des objections ? Il faut dire que la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) en a soulevé – et le gouvernement lui a enlevé tout pouvoir par rapport au projet Rabaska. Mais où était la Commission des biens culturels ? Pourquoi la ministre de la culture n’a pas demandé l’avis de la commission, et pourquoi celle-ci ne s’est-elle pas manifestée ? Pourquoi les gens au Ministère de la santé et dans les conseils régionaux de la santé qui étaient en désaccord avec le projet ont dû se taire ? Pourquoi le rapport d’évaluation environnementale conjointe du fédéral et du provincial (souvent appelé BAPE) a simplement mentionné des problèmes sans s’objecter au projet ? La liste est longue, les questions nombreuses.
Nous avons fait un film, pas une enquête journalistique. Mais nous avons quand même ramassé des éléments fort troublants en cours de route. Dans le film, on voit que le Ministre de l’Environnement de l’époque, Thomas Mulcair, se retrouve simple député en bonne partie à cause de ses désaccords avec le premier ministre Charest et son entourage au sujet de Rabaska. Il explique qu’il avait défendu le principe que tout projet soit traité de manière égale, indépendemment de sa taille, et que cela avait soulevé des dissensions au sein du parti. Autrement dit – c’est mon interprétation – Rabaska a bénéficié d’un traitement de faveur. Au lancement de notre film à Montréal, M. Mulcair a affirmé – sans révéler ce qui s’était passé au Conseil des ministres – qu’il y avait eu « de l’ingérence » de la part du cabinet du Premier ministre pour l’empêcher d’annoncer qu’il avait décidé de ne pas envoyer Rabaska au BAPE. En privé, il m’a expliqué qu’il considérait ce projet trop dangereux pour même le soumettre au BAPE. Et, pour sa part, l’ancien ministre de l’agriculture Jean Garon – qu’on voit dans le film comme Maire de Lévis, favorisant le projet à un moment crucial- a déclaré au Soleil lors de notre lancement à Québec, dans sonlangage direct et coloré, que le débat n’a jamais eu lieu parce que ‘le gouvernement a fermé la gueule à tout le monde.’

Thomas Mulcair : ancien Ministre de l’Environnement; actuellement, Député du NPD pour Outremont
Est-ce que le fait que le Chef de cabinet du prmier ministre Charest, Stéphane Betrand, était un ancien vice-président de Gaz Métro a pu jouer un rôle dans ce dossier ? Plusieurs des personnes impliquées dans l’histoire le pensent. (Gaz Métro est un des partenaires du consortium Rabaska.)
LA BATAILLE DE RABASKA a été produit par Yves Bisaillon et Johanne Bergeron au Programme Français de l’ONF.
Merci à Jorge Bustos-Estefan pour l’aide avec ce blogue.

Bonjour Magnus,
Hier en fin d’après-midi j’ai arrêté mon auto au bord du fleuve, en face… Le disque Félix 20 ans dans mes oreilles, mon coeur pensant que j’avais traversé l’Atlantique pour offrir une petite île paisible à mes enfants. Au loin le soleil rouge déchiquetait Québec. La côte flamboyait et je me demandais comment les cheminées se mêleraient à un tel spectacle, dans quelques temps, peut-être… L’île d’Orléans, un cimetière, boîte à déchets, US parking résonnait dans mes oreilles. La neige n’était pas rose, hier le rouge m’oppressait me rappelant que la magie du lieu était bradée à d’autres, que tout cela n’existerait plus, que mes enfants n’en auraient probablement aucun souvenir. L’île d’Orléans, faire ça à elle! Mais c’est pas vrai. Mais oui c’est vrai, me criait Félix, Mais oui c’est vrai…
Merci pour la mémoire, merci pour nous tous ici qui souffrons,
A vendredi au Cartier.
Anne Pallafray (ACPM)