Hommage à Macumba

Macumba International - the 3 founders
Patricio Henriquez, Robert Cornellier et Raymonde Provencher.

L’autre jour, à l’occasion de la remise du Prix Arthur Lamothe, dans le cadre du Festival de films sur les droits de la personne de Montréal, j’ai eu l’occasion de rendre hommage aux deux réalisateurs et la réalisatrice de Macumba International: Robert Cornellier, Patricio Henriquez et Raymonde Provencher. Vous trouverez l’ensemble de mon texte ici. Voici quelques extraits:

Depuis qu’ils travaillaient ensemble à l’émission Nord-Sud à Télé-Québec (Radio-Québec à l’époque), ils ont développé une compréhension profonde des défis auxquels font face les populations des pays du Tiers-Monde. Et ils ont développé des antennes: des sources et des canaux d’information privilégiés, qui leur permettent de proposer des sujets de reportages et de films inusités et pertinents. Inusités, pertinents, et aussi avec une orientation très claire en faveur des gens qui n’ont pas normalement accès aux grands moyens de communication. Depuis le tout début et jusqu’aux dernières productions, les gens qui n’ont pas le pouvoir et qui ont de la difficulté à se faire entendre sont au cœur de leur travail.

Robert, Patricio et Raymonde ont amorcé leur pratique du témoignage dans un réseau de télévision publique qui était capable d’y investir certaines ressources, ils l’ont continué en tant que producteurs indépendants en fondant en 1995 la compagnie Macumba International. Depuis, ils ont produit des émissions, des séries et des films documentaires dont l’excellence a été confirmée par de nombreux prix.

….. finalement, l’aspect de leur travail qui personnellement m’intéresse le plus: les documentaires d’auteur. Le premier que j’avais vu, c’était celui de Patricio 11 septembre 1973 : Le dernier combat de Salvador Allende, sorti en 1998. Le film a reçu 17 prix, et j’ai eu le plaisir de pouvoir en rapporter un pour Patricio du festival de Mumbai. War Babies…nés de la haine, de Raymonde témoigne du sort des enfants issus du viol lors de conflits armés – le film a gagné quatre prix Gémeaux 2003; Marée noire, l’héritage de l’Exxon Valdez, de Robert s’est récemment mérité le Gemini Award dans la catégorie meilleure réalisation documentaire. Et il faut absolument mentionner : Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture, le film de Patricio qui a reçu le JUTRA du meilleur documentaire en 2009.

Le travail que font ces trois réalisateurs de Macumba est précieux et essentiel. Mais pourront-ils continuer à le faire? Le contexte de production n’est guère encourageant, et les possibilités de financement des documentaires se rétrécissent comme peau de chagrin. Est-ce que cette détérioration des conditions de production arrêtera nos amis Patricio, Raymonde et Robert? Ce serait mal les connaître. Mais disons qu’après trente-cinq ans de travail acharné, ils mériteraient mieux que d’avoir à se battre pour chaque nouveau projet comme si c’était leur premier.

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A quoi bon un petit festival ?

The Day God Walked Away
Le jour où Dieu est parti en voyage

On dit souvent qu’il y a bien trop de festivals de films. Non seulement il doit y en avoir à peu près 10.000 dans le monde, mais dans une ville comme Montréal il y a presque toujours un festival en cours. Présentement, les Rendez-vous du Cinéma à peinte terminés, le FIFA ( Festival des films sur l’Art ) commence, alors que le Festival des films sur les droits de la personne bat encore son plein. Et ce festival, tenu à bout de Bras par Diya Angeli avec une équipe bien réduite, montre parfaitement pourquoi ces petits festivals méritent leur place. Jour après jour, la programmation est excellente, il y a plein de monde dans les salles, on a l’occasion de voir des films qu’on ne verrait pas autrement, et il y a des discussions animées aprés les films. C’est l’occasion de prendre conscience d’enjeux liés aux droits de la personne partout au monde. Parmi les excellents films que j’ai eu l’occasion de voir cette semaine il y avait l’excellent film d’ouverture, Le Jour ou Dieu est parti, un film sur une survivante du génocide au Rwanda qui donne l’impression d’être un film de maturité mais qui est en fait la première réalisation du directeur photo Philippe Van Leeuw.

Reporter
Reporter par Eric D. Metzger.

Il y avait Reporter, aussi un excellent film sur le journaliste Nick Kristof, celui qui a porté le génocide du Darfour à l’attention du monde et qui s’est deux foix mérité le prix Pulitzer. Un film bien construit, avec une narration exemplaire, sur un ton personnel. Et hier soir j’ai vu El Sistema, un film un peu trop long mais quand même exellent, sur le mouvement de musique pour les jeunes dans les bidonvilles au Vénézuela. Nous avons besoin de ses films, et besoin de ces festivals. Évidemment, on pourrait dire que je prêche pour ma paroisse, puisque mon film Les Super-Mémés est le film de clôture du festival. Je reviendrai sur le sujet.

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Challenge for Change revisited

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The Zebra never loses its stripe: Martin Duckworth and Terence Macartney-Filgate check out a new camera.

Last weekend I attended the launch of Challenge for Change: Activist Documentary at the National Film Board, an anthology edited by my friends Tom Waugh ( Concordia Film Studies professor, in red shirt) and Ezra Winton (Cinema Politica Founder, to the right in picture) along with McGill PhD student Michael Brendan Baker.

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The authors Michael Brendan Baker, Tom Waugh and Ezra Winton.

Challenge for Change ( Société Nouvelle on the French side) was a groundbreaking National Film Board of Canada program, exceptionally progressive for a government institution, aiming at putting film and later video at the service of active citizens and their movements, and even sometimes giving them varying degrees of control over production. Many of the veterans of Challenge for Change participated in the launch event, while the francophones from the French program équivalent Société Nouvelle – some of them leading filmmakers like Maurice Bulbulian, Anne-Claire Poirier and Fernand Dansereau – were practically all absent, each for their own reasons. The authors had wisely decided to show clips from films made by those who were present, which made for some interesting presentations and comments. As there is a digital program playlist for Challenge for Change on the NFB site, created for this occasion, I won’t ask my assistant Jessica to link to all the individual film titles here. Among those who presented clips from their films were Colin Low ( Billy Craig Moves away), Terence Macartney-Filgate ( Up Against the System), Challenge for Change Executive Director 1968-70 George Stoney and Mike Mitchell (You’re on Indian Land), Dorothy Hénaut ( VTR St.Jacques), Martin Duckworth ( Cell 16), Peter Pearson ( Encounter with Saul Alinsky), Adam Symansky ( producer of Paper Wheat) and Francine Saia ( A qui appartient ce gage.)

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Dorothy Hénault

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George Stoney

It was great to meet these old-timers from Challenge for Change, and to see that some of them are still active and just can’t stop shooting. I thought it would have been interesting to have a discussion, notably to compare what was done during those heady years with what is done now with digital technologies and the web 2.0 interactivity, but time was up and we had to settle for refreshments and smalltalk. Presumably in the 38 articles and 500 pages of the book one will find many elements to enrich this discussion. Anyway, congrats to the authors for finishing a huge research and editing job, and for documenting this very important experience.

Publsiher: McGill-Queen’s University Press.

For Montrealers: you can buy the book at the Concordia Community Solidarity Co-op Bookstore.


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HAITI – IMAGES ET BESOINS URGENTS

Haiti orphans
Orphélins à Port-au-Prince. Photo: Marcello Casal Jr/ABr

Selon l’UNICEF, le tremblement de terre en Haiti a crée la situation la plus désastreuse pour les enfants de toute l’histoire de l’humanité. Il y a des dizaines de milliers d’orphélins parmi les centaines de milliers de personnes blessées et sans-abri.
Ayant une fille d’Haiti, ayant déjà visité des orphélinats en Haiti, cette situation me préoccupe grandement.
Il reste 5 jours pour faire des contributions qui seront ‘matchés’ par le gouvernement du Canada selon les critères plus bas – en plus d’être déductibles d’impôt évidemment.
Il va sans dire qu’avec les pluies qui s’en viennent en Haiti, toute contribution est d’une importance cruciale.

HAITI:

Pour être versé au Fonds d’aide aux victimes du séisme en Haïti, un don doit :

* être un don en argent ne dépassant pas 100 000 $;
* être fait par un particulier canadien;
* être fait à un organisme de bienfaisance enregistré qui reçoit des dons en réponse au séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier
* être expressément réservé par de tels organismes à l’aide aux victimes du séisme;
* être fait entre le 12 janvier et le 12 février 2010.

Plusieurs cinéastes ont tourné des images des événements en Haiti et les rendent disponibles sur le web. A l’émission Dimanche magazine de Radio-Canada Akli Ait Abdallah racontait l’expérience des étudiants de la seule école de cinéma en Haiti – Ciné Institute, qui ont mis leurs images du tremblement de terre sur le l’internet.

Pour d’autres équipes voir notamment:

Inside disaster

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Femmes et cinéma en Suède: du progrès

Ebbe the movie
Ebbe the movie de Jane Magnusson et Karin af Klintberg

Plusieurs films intéressants étaient en nomination pour l’équivalent des Jutras en Suède, les Guldbaggar.
Dans la catégorie documentaire, Ebbe the movie de Jane Magnusson et Karin af Klintberg est un portrait fascinant de l’éditeur Ebbe Carlsson qui a monté les échélons de la politiques suédoise grâce à des manoeuvres tellement complexes qu’on ne saurait distinguer la réalité de la fiction. Le film d’ailleurs évite sagement de le faire, et opte pour une exploration des ambiguités et contradictions. Récompense: prix du meilleur documentaire. Videocracy de Eric Gandini ( à qui on doit également Sacrificio – Who Betrayed Che Guevara et Surplus – Terrorized into being consumers) nous amène derrière les coulisses du régime médiatique et politique corrompu de Berlusconi en Italie. La Reine et moi, que j’ai personellement moins aimé, explore la relation de la réalisatrice Nahid Persson-Sarvestani’s avec la Reine déchue de l’Iran Farah Diba et l’histoire récente de ce pays.

Intéressant de voir que deux de ces films sont réalisés par des Suèdois originaires d’autres pays. Mais surtout,cette année, les femmes avaient une majorité des nominations importantes pour les Jutras Suédois. Pas seulement parmi les documentaristes, mais en fiction: 2 sur 3 en réalisation ( Lisa Siwe a eu le prix), et 2 sur 3 en scénarisation, 2 sur 3 pour meilleur documentaire. Selon une entente pour l’Industrie du cinéma signée en 2006 les femmes ‘doivent’ reçevoir au moins 40 % des subventions pour scénarisation, réalisation et production. Cependant l’objectif n’est pas encore atteint (on est encore entre 20 et 30 %) et l’organisation suédoise de WIFT réclame un changement pour rendre le 40 % obligatoire.
Pour plus d’info communiquer avec info@wift.se

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Projection-événement: ‘Enfants de Choeur’ à la cinémathèque

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Mon film ‘Enfants de Choeur‘ sur la chorale des sans-abris de Montréal, terminé il y a dix ans, sera projeté à la Cinémathéque québecoise à Montréal ce samedi le 19 Décembre. Et ce sera une projection-événement puisque la nouvelle incarnation du groupe, la Chorale sous les étoiles – autrefois Chorele de l’Acceuil Bonneau – sera présente pour chanter. Je serai en Europe, mais le producteur Paul Lapointe y sera, ainsi que le Directeur de la chorale, Pierre Anthian. Le film était en nomination pour meilleur documentaire à Hot Docs (Toronto) et aux Jutras, et il s’est mérité le prix du meilleur moyen-métrage documentaire à Mumbai en 2000. Je suis reconnaissant au cinéaste Bernard Émond (son dernier film La Donation est à l’affiche dans plusieurs salles au Quebec actuellement) d’avoir écrit le petit texte qui suit sur Les Enfants de Choeur en vue de la projection à la cinémathèque. Et j’ajoute que Louise Côté qui a monté La donation et la plupart des autres films d’Émond a aussi assuré l’excellent montage de mon film. Bernard écrit:

‘Il y a deux films dans Enfants de choeur : en surface, un feel-good movie sur des marginaux qui retrouvent la dignité en chantant, et derrière, un film pénétrant sur la difficulté d’être et sur la difficulté d’aider. Il n’y a aucun angélisme dans ce film ; on est dans l’humain jusqu’au cou : les choristes sont poqués, égoïstes, et manipulateurs autant qu’ils sont généreux et attachants, et le désintéressement de leur directeur de chorale bénévole n’est pas exempte de prosélytisme et d’un certain goût du pouvoir et de la reconnaissance. La grande richesse du film tient justement à la tension entre ces éléments. On y comprend que le don n’existe pas sans une forme d’échange, et que dans l’échange, on se compromet toujours. Cela n’enlève rien à la générosité et au courage des protagonistes, sans lesquels la chorale n’aurait jamais existé ; seulement, le film ne cède ni aux simplifications, ni aux bons sentiments. Enfants de choeur rend la vie dans toute sa beauté et sa complexité.’

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Mon documentaire préféré cette année: Les damnés de la mer

Les damnés de la mer

Aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal j’ai vu un film formidable, intitulé Les Damnés de la mer – qui a reçu le prix du meilleur film dans la section Écosociété. C’est aussi un film qui a eu un impact dans la réalité qu’il décrit. Le réalisateur Jawad Rhalib filme avec aplomb la surexploitation des ressources de pêche du Sud de la côte Atlantique du Maroc par d’énormes chalutiers venant d’autre pays, qui laissent les pêcheurs côtiers dans une situation intenable de pénurie et de misère. Rhalib a eu accès à des chalutiers Suédois qui sortent de l’eau d’énormes quantités de poisson à l’aide d’instruments ultra-modernes mais aussi de méthodes illégales. Les images sont impressionantes. Il les met en contraste avec le matériel tourné de façon très subtile, près des personnages, dans le village côtier de La Sarga, ou les pêcheurs ne savent plus quoi faire pour assurer leur survie. Et au coeur de cette situation il situe une femme, Ghizlaine, qui se bat contre une discrimination bien installée qui réserve le droit de pêcher aux hommes. C’est un coup de génie qui donne une dimension additionelle à un film déjà porteur de problématiques essentielles.

J’ai posé deux questions à Jawad Rhalib.

Ton film a l’air tellement parfait. Est-ce que tu l’avais scénarisé, ou imaginé comme il est là, ou les morceaux sont tombés en place à mesure que tu travaillais ?

Jawad: Si vous avez l’occasion de voir mon avant-dernier film “El Ejido, la loi du profit”, vous comprendrez ma façon de filmer, de traiter mes sujets, de leur donner la parole. Il y a toute un processus de repérage, de rencontre avec les personnes et d’écriture, il y a un canevas, un traitement qui me permet de savoir où aller. Je ne filme jamais à l’aveuglette, je ne pars jamais à la chasse à l’image et dire « on filme et on verra ce que nous ferons avec les images après », je suis contre ce procédé sauf si on fait du reportage d’investigation. J’ai une histoire, des personnes et je décide de la façon dont je vais les mettre en avant, mettre au devant de la scène leur message, choisir la meilleure forme. Bien entendu, il y a toujours des surprises vu que ce sont des personnes réelles, mais généralement ce sont toujours de bonnes surprises. Un réalisateur doit avoir aussi de la chance.

Pour Ghizlane, oui, au moment où je l’ai rencontré je savais qu’elle allait être mon personnage central, mais il y aussi l’histoire de la fête du mouton. Ghizlane était l’élément qui ramenait un peu l’histoire à sa dimension humaine. J’ai toujours était sensible à la situation de la femme dans mon pays d’origine, et avoir une histoire de femme au milieu de la mondialisation, le profit, la globalisation était tout simplement parfait. Ghizlane c’est un peu l’histoire dans l’histoire. Bien sûr, il ne faut pas mettre de côté les autres personnes qui restent aussi forts que la femme.


Le film a aidé à forcer des changements de politique, tu peux nous en parler ?

Jawad: Il y avait quelques mouvements mais c’était très timide. A croire que les mouvements en question avaient besoin d’une preuve pour dire au monde ce qui se passe dans ce coin du Maroc. Pour dire aux marocains ce qui se trame dans leur propre pays, avec leur propre ressource et pour dire au monde ce que le Nord, avec son poids politique et économique, inflige au sud. Dakhla et le Maroc n’est qu’un exemple de ce qui se passe dans le monde, en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Oui, je ne boude pas mon plaisir de dire que le film, comme El Ejido, la loi du profit, a apporté des changements inespérés. Il y a le gouvernement suédois qui vient de prendre des décisions pour réduire, voire interdire à sa flotte de piller les ressources du sud, il y a le gouvernement marocain qui vient d’arrêter les deux chalutiers suédois, et entrain de mettre en place de nouvelles lois pour la protection des ressources, et enfin il y a un changement de la loi vis-à-vis des femmes qui veulent devenir « pêcheuses ». Et Ghizlane vient d’avoir son permis de pêche. Il faut savoir que Ghizlan sortait en mer sans permis, et si elle se faisait arrêter, elle risquait la prison et le patron de la barque une amende et la perte de sa barque. Aujourd’hui le film sert de preuve et de support pour changer les choses.

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Première de ‘L’art en action’ aux RIDM

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Simon Bujold, Jeannine Gagné, MI, Annie Roy et Pierre Allard. Photo: Ariane Jacob

Dans le cadre des Rencontres Internationales du documentaire de Montréal, nous avons lancé L’art en action, notre film sur les deux artistes Annie Roy et Pierre Allard qui forment l’ATSA, L’action terroriste socialement acceptable. Les 300 personnes environ présentes dans la salle ont reçu le film de manière enthousiaste, ce qui nous a évidemment rechauffé le coeur – à moi, le réalisaeur associé et DOP Simon Bujold, la productrice Jeannine Gagné de Amazone film, et nos deux ‘personnages principaux’ qui seront désormais simplement nos amis.

Le meilleur compliment que j’ai eu pendant la fête qui a suivi venait de Hugo Latulippe, le cinéaste de Bacon et l’admirable Ce qui Reste de Nous, qui me disait:

Je suis entré dans la salle un peu découragé parce que je n’arrive pas à financer mes films, mais je suis sorti du visionnement en me disant, ‘ostie, c’est décidé, je tourne !’ C’est la leçon que tu nous donnes Magnus, il faut tourner…..’

Je suis content de sortir un film que les gens trouvent inspirant, car le film que j’ai sorti aux Rencontres l’année passée, LA BATAILLE DE RABASKA (co-réalisé avec Martin Duckworth) se terminait de façon assez triste. L’art en action, comme Annie et Pierre, semble donner le goût aux gens d’agir, on ne peut pas souhaiter mieux.

Le film qui est distribué par les Films du 3 Mars prendra l’affiche au Cinéma Parallèle à Montréal le 20 Nov., et au Cinéma Cartier à Québec le 4 décembre.

Poster L'Art en Action

Our artists in Havana/Nos artistes à La Havane

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Annie Roy and Pierre Allard of ATSA with one component of their installation at the Havana Biennial
Annie Roy et Pierre Allard de ATSA avec une partie de leur installation à la Biennale de La Havane

[Français plus bas]

With my close collaborator Simon Bujold, I am just back from Cuba, where we were filming the artists Annie Roy and Pierre Allard of ATSA as they participated in the 10th Havana Biennial. The theme of the event is Integration and Resistance in a Global World. Annie and Pierre made an installation called Cannonballs and Bubblegum, a way of speaking about the repressive and destructive aspects of consumer culture – a kind of warning to people who live in a context of shortages but whose society might well experience huge changes in the decades to come. This was one of the last shoots for our film Creative Emergency (working title) produced by Amazone Film, already in editing and likely to be released before the end of the year.

Avec mon complice Simon Bujold, je suis tout juste de retour de Cuba, ou nous avons filmé Annie Roy et Pierre Allard de ATSA participant à la 10e Biennale de La Havane. Le thème de l’exposition est Intérgration et Résistance à l’époque de la mondialisation. Pierre et Annie sont venus faire une installation qui s’appelle Boules de canon et gum-balloune, façon de parler des dimensions répressives et destructrices de la société de consommation, sorte d’avertissement pour un pays qui vit la pénurie mais qui risque de vivre des changements importants au cours des prochaines décennies. C’était un de nos derniers tournages pour notre film Urgence Création (titre de travai) produit par Amazone Film – nous sommes déjà en montage, le film devrait sortit avant la fin de l’année.

Thanks to Jorge Bustos-Estefan for help with this blog.
Merci à Jorge Bustos-Estefan pour l’aide avec ce blogue.

Black Wave – l’héritage désastreux de Exxon Valdez

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Manifestation en août 2006, réclamant que Exxon nettoie les plages et qu’il paie pour les dommages.

Un des meilleurs films que j’avais vu aux Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal au mois de novembre sera aussi présenté cette semaine au Festival des Films sur les Droits, aussi à Montréal, et sera également diffusé à Radio-Canada la semaine prochaine. Le film est le produit d’un travail d’enquête de longue haleine, réalisé par Robert Cornellier dans le cadre de l’excellente maison de production Macumba International – dont je vous reparlerai au cours des prochaines semaines. Black Wave raconte la choquante histoire de l’impact environnemental dévastateur de l’accident du pétrolier Exxon Valdez en Alaska et la lutte des communautés affectés pour des réparations et une compensation adéquate. Je me suis entretenu avec Robert Cornellier.

Cette histoire est choquante. A-t-elle été bien couverte par les médias ? Aux États-Unis notamment ?

Il y a eu une grande couverture médiatique au moment de la catastrophe en 1989. Des journalistes et des caméras du monde entier se sont rendus sur les lieux pendant quelques mois. Puis cette histoire est tombée, peu à peu, dans l’oubli. Il y a eu un regain d’attention, principalement en Alaska, au moment du 10e anniversaire. Quelques bons articles faisant un bilan des conséquences ont été publiés. Puis c’est tombé dans l’oubli. J’ai commencé à couvrir cette histoire en 2004, lors du 15e anniversaire. Riki Ott et un groupe de citoyens de Cordova ont alors organisé une conférence de presse et quelques événements à Washington DC pour attirer l’attention sur leur cause, mais il n’y a pratiquemment pas eu de couverture. À peine quelques lignes provenant d’agences de presse. Finalement il y a eu une petite attention apportée par les médias lorsque la cause a été entendue à la Cour Suprême. Mais aucun papier d’analyse ou reportage de fond sur cette question. Pourtant les conséquences de ce jugement sont très importantes pour l‚avenir. Les citoyens américains viennent, ni plus ni moins, de perdre toute forme recours contre les compagnies pétrolières en cas de déversement pétrolier.

J’ai beaucoup aimé le film, seulement j’avais l’impression qu’on racontait beaucoup des événements du passé plutôt que de les vivre au moment ou les choses se passaient. Les événements se sont déroulés sur quelle période, et tu as tourné sur quelle période ?

J’ai commencé à travailler sur cette histoire en janvier 2004. La catastrophe datait déjà d’il y a 15 ans. À Cordova, le village de pêcheurs où nous avons tourné, les gens ne voulaient plus parler de cette histoire. Ils voulaient simplement reprendre leur vie en main et tourner la page sur le passé. Et la saga judiciaire était rendu au niveau de la Cour d’Appel (9th Circuit Court), et traînait depuis plusieurs années. La difficulté qui s’est posé, c‚est qu’il ne se passait pas grand chose. Le tournage de Black Wave a débuté en août 2006 avec la manifestation de bateaux juste en face du village. Ce fut la seule qu’il y a eu au cours des deux années du tournage. J’ai été constamment à l’affût d’événements. J’ai fait une douzaine de voyages en Alaska. Nous sommes allés pour le carnaval, pour la fête du 4 juillet. À chaque fois que j’apprenais que quelque chose allait se dérouler dans le village ou ailleurs, je m’y rendais. Il faut dire aussi, que du mois d’avril jusqu’au mois de septembre, toute la vie s’articule autour de la pêche. Le village est alors très tranquille. Puis au cours de l’hiver, une grande partie du village se vide, parce que beaucoup de pêcheurs et leur famille vivent ailleurs où ils gagnent leur vie parce qu’à Cordova il n’y a rien. Ce fut donc un réel défi de parler de cette histoire et d’essayer de la rendre vivante, parce qu’il ne se passait pas grand chose.Comme il y a eu beaucoup de déplacements, il fallait aussi faire des choix pour essayer de garder les coûts de production le plus bas possible. Il y a une partie du tournage où j’étais seul, c’est-à-dire que je réalisais, faisait la caméra et le son. Au cours de ce tournage j’ai réalisé à quel point c’est difficile de parler d’événements qui se sont déroulés dans un passé récent mais qui ne sont plus dans l’actualité, tout en essayant de les rendre le plus vivant possible.

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Equipe: Une partie de l’équipe de tournage à Cordova: de la gauche: Robert Vanherweghem, dir. photo; Riki Ott; Paul Carvalho, co-producteur et scénariste; Robert Cornellier, réalisateur et co-producteur.

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