8, la fiction au service de l’engagement

J’étais invité à l’ouverture du 4ème Festival de Films sur les Droits de la Personne de Montréal il y a quelques jours mais je n’ai pas pu y aller. Mon proche collaborateur Franck Le Coroller s’y est rendu à ma place et nous fait le résumé suivant.

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Affiche du film 8

La salle était pleine à craquer. On aurait pu s’attendre à voir un documentaire en film d’ouverture, genre de prédilection pour l’engagement et la justice sociale mais c’est une compilation de 7 courts métrages de fiction et d’un documentaire qui était à l’honneur.

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) : un plan clair qui s’est probablement effacé peu à peu de notre mémoire. Voilà déjà 9 ans que 191 gouvernements ont adopté officiellement un plan visant à éliminer la pauvreté dans le monde d’ici 2015. LDM Productions a eu la fabuleuse idée de convoquer 8 réalisateurs de renom et leur a laissé carte blanche pour traiter chacun d’un de ces 8 objectifs. Ce film s’adresse à tout un chacun mais vise surtout à rappeler aux gouvernements leur engagement vis-à-vis des plus démunis de notre planète. À mi-parcours, les objectifs paraissent malheureusement bien loin.

Une magnifique séquence d’ouverture nous rappelle les étapes ayant mené à l’adoption de ce plan depuis la seconde guerre mondiale avec notamment la transformation de la Société des Nations en l’ONU et la dégradation accélérée de la condition humaine de par le globe. Des images d’archives des dirigeants de ce monde sont projetées sur un corps maigre et nu. Le ton est donné : ce film vous rentre dans le corps.

La plupart des courts métrages, tournés un peu partout sur la planète, abordent leur objectif à travers le portrait d’une personne. Le journal d’une petite fille, le rêve d’une autre, les pensées d’un petit garçon, la maladie d’un homme, le sort d’une femme enceinte prennent le singulier pour parler d’un universalisme à résoudre. On est pris aux tripes dans les histoires de ces personnes. Un sens de la réalité sait effacer toute trace de misérabilisme. Ces petits moments magiques qui nous accrochent dans un documentaire sont habilement et subtilement mis en scène. Le documentaire c’est « le traitement créatif de la réalité », nous disait John Grierson, ne serait-ce pas valable aussi pour la fiction engagée?

Dans SIDA, le seul documentaire, Gaspar Noé nous emmène dans cette maladie et toutes celles qu’elle convie. Le traitement visuel épuré (un enchaînement quasi total de plans fixes, la nuit) met l’accent sur la voix off de l’homme que nous voyons, seul. Tout comme dans Irréversible, rien n’est épargné. La réalité brutale de cet homme nous contant son histoire est hypnotisante : ses maux, son combat, ses conseils, ses regrets et sa solitude n’ont d’égale que la triste puissance de ce virus dont la propagation doit être enrayée au plus vite, ne l’oublions pas.

8 met aussi en lumière les rapports Nord-Sud, cruciaux pour améliorer le sort de tous. Dans Le rêve de Tiya d’Abderrahmane Sissako, l’instituteur demande à Tiya pourquoi elle ne dit pas plus fort le premier objectif du millénaire qu’est la réduction de la faim et de l’extrême pauvreté. Tiya répond : « Parce que je n’y crois pas. La réduction de la pauvreté, ça passe par le partage et on ne partage pas. » Un rappel urgent et efficace. Wim Wenders dans Person To Person termine le film avec une salle d’information cynique prise d’assaut par ceux qui ont des solutions, continuant ainsi la vague d’espoir et d’engagement indispensable pour aller de l’avant. Les sujets de l’information sortent des écrans de montage et refusent qu’on ne les voit que dans la misère. Ils agissent déjà (par le micro-crédit entre autres) et convient les médias occidentaux à les suivre. C’est une superbe pirouette cinématographique de Wim Wenders pour exprimer le besoin de partenariat Nord-Sud.

Certains verront peut-être dans 8 un film de propagande mais il fait surtout l’état des lieux sur une situation qui nous concerne tous. On ne peut pas rester indifférent à notre sort commun. Et s’il y a une promesse que nos gouvernements devraient tenir, c’est bien celle-là, surtout en contexte de récession mondiale.

Depuis 2000, le gouvernement du Canada a réduit sa participation financière vouée aux Objectifs du Millénaire pour le Développement alors qu’il avait promis de l’augmenter jusqu’à 0,7 % de son PIB.

8 [site officiel du film]
Festival de Films sur les Droits de la Personne de Montréal [site officiel]

Merci à Jorge Bustos-Estefan pour l’aide avec ce blogue.

The philosopher-filmmaker at Rideau Hall – part 2

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Barack Obama, Michaëlle Jean, and Jean-Daniel Lafond

‘Cinéaste frustré, philosophe comblé.‘ (‘Frustrated filmmaker, fulfilled philosopher.’)

Following up on my post from last week, here’s part two of my interview with Jean-Daniel Lafond. How has he adapted to his newest role as “His Excellency” and a very active partner to Canada’s Governor General, Michaëlle Jean?
[Video interview clip further down.]

Of his current circumstances, Jean-Daniel says, “The challenge is to remain oneself and to defend the values one has always defended. There is a space for that.” His position is of a volunteer with an official status. He jokes that Canadians are getting “two for the price of one” and professes total solidarity with Michaëlle.

In his official capacity, Jean-Daniel has made culture his bailiwick, and suggests perhaps it is sorely in need of being defended in this country. It is critical to demonstrate the importance of culture, not just complain about lack of support, he says. He has created Point des arts/Art Matters, a forum and network for reflection and debate about artistic matters from all disciplines, bringing together practitioners, theorists and arts administrators of all political stripes. He has initiated the internet site Citizen Voices/Écoute des citoyens in an attempt to make the office of the Governor General more relevant and accessible, particularly to Canadian youth.

About making films, Jean-Daniel says he finds himself constantly in unexpected and extraordinary circumstances, for example in private conversation with heads of state, and in a most privileged position to observe the world, governance, diplomacy, the very highest echelons of power. He finds it simultaneously stimulating and frustrating. Given the opportunity, he would be making films all the time, but contents himself with gathering as much information – and some video material – as possible, building blocks or sources of inspiration for future projects.

Thanks to Jocelyne Clarke and Jorge Bustos-Estefan for help with this blog.

The philosopher-filmmaker at Rideau Hall – part 1

Jean-Daniel Lafond
Jean-Daniel Lafond

The other day, as U.S. President Obama touched down in Ottawa, I asked my students at l’INIS, the Quebec Film school, a question. ‘Which documentary filmmaker will be meeting with Obama today?’ Puzzled looks, no answers. They asked for a lead. ‘OK, I said, he is also a French citizen.’ ‘Oh, of course,’ said Nathalie who used to work at the NFB. ‘I know who it is, but he’s not there because he’s a filmmaker.’

I recently had a chance to meet with and interview Jean-Daniel Lafond, the husband of Governor General Michaëlle Jean, during a visit to Montreal and on the occasion of a retrospective of his works, curated by Tom McSorley at the Canadian Film Institute in Ottawa and running until March 8th. The vast conceptual range of the 15 films he has directed since 1986 defy obvious notions of a continuous oeuvre.

I asked Jean-Daniel two questions, which, given his habitual eloquence, spun into a 30-minute answer, weaving in and through a wide range of topics and philosophical musings about his life’s work. Given how much there is to report from our discussion, I’ll share the first answer with you this week and the second next week.
[Video interview clip further down.]

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Marie Tifo playing the role of Marie de l’Incarnation, in the film ‘Folle de Dieu’ (‘The Madwoman of God’)

First question: What impulses and/or issues tie together what initially appears to be a very disparate range of works?

Jean-Daniel begins enigmatically by saying “Nous faisons ce que nous faisons en suivant le chemin qui nous échappe…” by which he means that the documentary impulse for him is always a movement toward the unknown, and stems from a desire to understand. He cites Spinoza at the start of his 2006 film, The Fugitive, “Not laughter, not tears, understanding”, an adage which he says is perhaps most fundamental to his work.

Jean-Daniel says that this retrospective, along with a “perspectives” tribute at La Rochelle documentary festival last year, have enabled him to articulate more clearly the connecting threads. He sees his most recent film, Folle de Dieu (The Madwoman of God), about the ideas and writings of an 18th mystic – Marie de l’Incarnation – who came to Nouvelle France to found a country, as utterly coherent with his first film, Les Traces du rêve (Dream Tracks), a portrait of seminal documentarist Pierre Perrault and of his films in relation to the creation of a country. Both interrogate the act of writing/filmmaking in the context of ideas of place, Otherness, dreams and utopias.

What he calls his fight for “the humanization of humanity” precedes his trajectory as a filmmaker. His first career was as a philosopher, a political thinker and defender of culture against the “absolute evil” of ignorance. He was transformed both by his exile and by his encounter with cinema, which he says is humbling, because it always begins from a place of ignorance. “As a philosopher, I always transmitted what I knew. As a filmmaker, I transmit my experience of the unknown, of the unpredictable, what is beyond me.”

Lafond’s films defy categories and cannot easily be summarized, as they offer an almost seamless extension of his philosophical journey, exploring and confronting the major ideas of the past half-century – exile, négritude, religion, the Other, barbarism.

Next week, the second question: How has Jean-Daniel adapted to his newest role as “His Excellency” and a very active partner to Canada’s Governor General, Michaëlle Jean?

Thanks to Jocelyne Clarke and Jorge Bustos-Estefan for help with this blog.

‘Islam Québec’ à Canal Vie: les défis de la production

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Lorsque la série Manifestes en série de Hugo Latulippe a été télédiffusée l’année passée, j’étais trop occupé pour regarder plus que quelques bribes, mais j’ai pris bonne note du fait qu’un réseau spécialisé (Canal D) diffusait une série intéressante et progressiste. Maintenant, une autre chaîne spécialisée, Canal Vie – aussi propriété d’Astral Média – vient aussi de commencer la diffusion d’une série fort intéressante, Islam Québec. Sous-titré ‘un accès privilégié chez de nouveaux arrivants’ cette série de 13 épisodes nous fait entrer dans le quotidien de trois familles du Maghreb vivant au Québec depuis quelques années seulement. Le premier épisode nous a fait rencontrer des gens hautement scolarisés, très articulés et sympathiques, qui sont dans un impasse: malgré tous les beaux discours sur l’ouverture et l’intégration, trouver un emploi s’avère presque impossible. On sent le découragement et la désillusion. Du point de vue production, on sent que la série n’avait pas des moyens illimités, loin de là, mais les auteurs ont certainement pris le temps de construire une relation de confiance avec les sujets.

Ma collègue Louise Lemelin a développé le projet et en a assuré la production déléguée avec les deux réalisateurs Charles Gervais et Sophie Lambert, dans le cadre de la maison d’une production Trinôme. Je lui ai posé deux questions.

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Louise Lemelin

VERSION COURTE

Magnus Isacsson : Tu as déjà travaillé pour Radio-Canada en tant que contractuelle et en faisant des films avec des producteurs privés mais pour la télévision publique. Faire une série pour la télévision spécialisée, est-ce bien différent ? Comment il faut adapter ses méthodes de travail ?

Louise Lemelin : Les télévisions spécialisées sont parmi celles qui diffusent le plus de séries documentaires. Ces diffusions répétées permettent d’avoir un impact intéressant sur le débat public. Aussi, Canal Vie, avec des émissions de déco et de mode atteint un auditoire de femmes modernes, allumées, auquel elle présente aussi une programmation documentaire costaude : pensons au Voyage d’une vie, à Bouffe Malbouffe, aux Dessous de l’assiette, à Trisomie 21 / Défi Pérou. On peut donc atteindre par ce diffuseur un auditoire qui n’est pas celui des télévisions généralistes et qui pourrait être plus influencé que d’autres par la mauvaise presse dont sont victimes les musulmans installés au Québec. Va sans dire qu’il faut tenir compte des habitudes de ces téléspectatrices et du style du diffuseur auquel elles sont attachées.

Évidemment, les moyens de production disponibles ne sont pas les mêmes. Le nombre de jours de tournage et de montage sont même plus restreints que c’est le cas pour les reportages d’actualités produits pour les télévisions généralistes. J’ai passé 8 mois à faire la recherche et à scénariser avant d’entrer en production pour savoir où l’on allait et pouvoir s’ajuster rapidement devant l’imprévu. Ça m’a aidé en production à gérer le projet en fonction des objectifs visés. La production s’est adjoint des réalisateurs imaginatifs, sensibles et inventifs. Vous remarquerez à la diffusion qu’en fixant certains patterns de tournage, ils ont facilité le montage et diminué les besoins en narrations. Les réalisateurs ont combiné plusieurs approches pour filmer les épisodes: la manière du cinéma vérité, des plans plus cadrés et des séquences suscitées. Ces façons de procéder permettent plus de contractions et donnent à la série sa signature particulière, deux avantages dans un environnement télé. Toutefois, la durée de 22 minutes entrecoupée de pauses publicitaires rendait inévitable l’usage de narrations. D’autant plus qu’une télévision qui présente beaucoup de magazines crée des attentes en ce sens. Faire une série avec un financement de télévision spécialisé, cela exige une production hyper ficelée et beaucoup beaucoup de talent et d’énergie.

MI : Le sujet que vous avez abordé n’est pas facile, on sait qu’il y a des perceptions négatives pour ne pas dire des préjugés. Par quelles réflexions êtes-vous passés avant d’arriver à la formule, le style, le contenu que vous avez choisi ?

LL : Au départ, j’étais très intéressée à me pencher sur ce qui était, dans la foulée des débats sur les accommodements raisonnables, l’un des grands enjeux de notre société. À l’origine, la série devait être une série documentaire où nous filmerions le quotidien d’une famille musulmane s’installant au Québec. Rien de tel qu’une démarche documentaire dans la durée. Nous nous sommes rendus compte qu’en percevant les musulmans installés au Québec comme une communauté d’abord préoccupée d’obtenir des accommodements religieux, et risquant de faire revenir le Québec à l’époque de la grande noirceur, nous, les Québécois nés ici, étions vraiment très loin de la réalité! Les statistiques effarantes sur le chômage des Maghrébins nous ont particulièrement ébranlés.

La question de l’égalité des femmes préoccupait toute l’équipe. Au départ, plusieurs d’entre nous étaient plutôt réfractaires à l’idée du voile et le considéraient comme un signe de soumission. La recherche et la production dans la durée nous ont amenés à voir les choses de façon beaucoup plus nuancée. L’immigration demande beaucoup de courage et exige des couples énormément de complicité. Les femmes, voilées ou non, en mènent large, à la fois dans ce projet et dans la vie de famille. Plusieurs sont des professionnelles de haut niveau. Le drame, c’est que ces couples sont venus sans se rendre compte de la difficulté d’accès aux métiers et aux professions régis par des ordres professionnels. Ils se retrouvent en situations très précaires. Le vrai danger pour le Québec c’est la formation d’une communauté humiliée, vilipendée, où la dépression se répand de façon insidieuse.

Pour tout le monde, et indépendamment de la sympathie que nous pouvions ressentir pour l’un ou l’autre des participants, le tournage a été très ardu. La série doit beaucoup aux familles participantes et aux autres personnes qui ont témoigné. Pour les Maghrébins, l’expérience documentaire et télé est complètement exotique. Il n’existe ni au Maroc, ni en Algérie l’équivalent de l’émission que nous étions en train de faire. Alors que nous filmions avec grande parcimonie, nos participants trouvaient le tournage épuisant. Tous les musulmans interviewés craignaient de se voir dénigrer à nouveau comme c’est trop souvent le cas depuis 2001, particulièrement avec l’incident d’Hérouxville et les débordements devant la Commission Bouchard-Taylor

C’est ainsi que la série est devenu ce documentaire réalité qui combine l’enquête sur des enjeux fondamentaux et la découverte d’êtres humains touchants, à la fois semblables et différents de nous. Nous croyons que les Québécois qui verront la série s’attacheront aux personnages et s’attaqueront, dans la mesure de leurs moyens, aux obstacles qui bloquent leur intégration, au premier chef, l’intégration en emploi. Au nom de l’équipe, j’émets un vœu : que des employeurs qui auront vent de la série offrent enfin aux parents des trois familles suivies pendant près d’un an, des emplois à hauteur de leurs compétences et de leur expérience!

Pour lire la VERSION LONGUE cliquez ici.

La Bataille de Rabaska – Critiques des journaux

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Depuis deux semaines, les journaux et médias électroniques ont beaucoup parlé du film LA BATAILLE DE RABASKA que j’ai co-réalisé avec Martin Duckworth. (Production ONF, Yves Bisaillon et Johanne Bergeron.) Toute cette attention est due en partie à l’excellent travail de notre relationniste Marie-Claude Lamoureux. Je vous reviendrai sur l’impact que toute cette couverture médiatique a eu sur le mouvement d’opposition, mais voici d’abord les critiques des journaux. Le film est encore projeté dans trois salles, au Cinéma ONF à Montréal, au Cinéma du Parc ( avec sous-titres anglais) et au Cinéma Cartier à Québec. Voir www.onf.ca/labataillederabaska

«Comme dans une fiction, le spectateur s’identifie aux protagonistes selon ses propres opinions. …nous en apprend plus sur l’engagement citoyen et la nature humaine que bien des précis de sociologie. Édifiant. »
Mario Cloutier, La Presse

« D’habitude, c’est pas ma tasse de thé ce genre de film, mais ça, c’est vraiment du cinéma! »
Franco Nuovo, Radio-Canada

« …un document fascinant (…) qui pose des questions pertinentes sur l’état de la démocratie québécoise. »
Médiafilm

« …prouve, de façon éloquente, que le vieil adage demeure d’une cruelle actualité : « Si tu ne t’occupes pas de la politique… » »
André Lavoir, Le Devoir

« In case there aren’t enough reasons to spike your blood pressure at this time of year, watch La bataille de Rabaska. »
John Griffin, The Gazette

« Clairement engagé, le film résume la situation de façon concise et convaincante, avec nombre d’arguments probants, mais aussi une forte dimension humaine. »
Kevin Laforest, Voir

« En évaluant le poids de la mobilisation citoyenne contre celui des ténors de l’industrie, les cinéastes tracent un portrait touchant du visage des militants et des enjeux environnementaux québécois. »
Frédéric Towner-Sarault, Alternatives

« …un film marquant, dont on sort en colère contre le système qui a permis à un groupe industriel de faire changer le zonage agricole pour répondre à des besoins en énergie complètement artificiels. »
Sophie Bernard, www.lienmultimédia.com <http://www.lienmultimédia.com>

Qui enquêtera sur Rabaska ?

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Martin Duckworth et moi préparons actuellement avec l’ONF la sortie en salle de notre film LA BATAILLE DE RABASKA. Martin et moi serons présents à plusieurs des visionnements en salle (Cinéma de l’ONF à Montréal et Cinéma Cartier à Québec, à partir du 5 décembre). Aussi, nous aurons l’occasion d’accorder plusieurs entrevues aux médias. Il nous fera évidemment plaisir de parler du film, des personnages, etc. Mais j’ai aussi l’intention de poser la question suivante : n’y aurait-il pas lieu de faire une enquête sur le processus décisionnel qui a mené à l’approbation de ce projet ?

On voit dans le film que Rabaska produira des quantités énormes de gaz à effet de serre, que le projet représente un danger sérieux pour la population locale et qu’il menace une région à forte valeur patrimoniale. Pourquoi, alors, les institutions et agences qui auraient dû protéger les intérêts de la population n’ont-elles pas soulevé des objections ? Il faut dire que la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) en a soulevé – et le gouvernement lui a enlevé tout pouvoir par rapport au projet Rabaska. Mais où était la Commission des biens culturels ? Pourquoi la ministre de la culture n’a pas demandé l’avis de la commission, et pourquoi celle-ci ne s’est-elle pas manifestée ? Pourquoi les gens au Ministère de la santé et dans les conseils régionaux de la santé qui étaient en désaccord avec le projet ont dû se taire ? Pourquoi le rapport d’évaluation environnementale conjointe du fédéral et du provincial (souvent appelé BAPE) a simplement mentionné des problèmes sans s’objecter au projet ? La liste est longue, les questions nombreuses.

Nous avons fait un film, pas une enquête journalistique. Mais nous avons quand même ramassé des éléments fort troublants en cours de route. Dans le film, on voit que le Ministre de l’Environnement de l’époque, Thomas Mulcair, se retrouve simple député en bonne partie à cause de ses désaccords avec le premier ministre Charest et son entourage au sujet de Rabaska. Il explique qu’il avait défendu le principe que tout projet soit traité de manière égale, indépendemment de sa taille, et que cela avait soulevé des dissensions au sein du parti. Autrement dit – c’est mon interprétation – Rabaska a bénéficié d’un traitement de faveur. Au lancement de notre film à Montréal, M. Mulcair a affirmé – sans révéler ce qui s’était passé au Conseil des ministres – qu’il y avait eu « de l’ingérence » de la part du cabinet du Premier ministre pour l’empêcher d’annoncer qu’il avait décidé de ne pas envoyer Rabaska au BAPE. En privé, il m’a expliqué qu’il considérait ce projet trop dangereux pour même le soumettre au BAPE. Et, pour sa part, l’ancien ministre de l’agriculture Jean Garon – qu’on voit dans le film comme Maire de Lévis, favorisant le projet à un moment crucial- a déclaré au Soleil lors de notre lancement à Québec, dans sonlangage direct et coloré, que le débat n’a jamais eu lieu parce que ‘le gouvernement a fermé la gueule à tout le monde.’

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Thomas Mulcair : ancien Ministre de l’Environnement; actuellement, Député du NPD pour Outremont

Est-ce que le fait que le Chef de cabinet du prmier ministre Charest, Stéphane Betrand, était un ancien vice-président de Gaz Métro a pu jouer un rôle dans ce dossier ? Plusieurs des personnes impliquées dans l’histoire le pensent. (Gaz Métro est un des partenaires du consortium Rabaska.)

LA BATAILLE DE RABASKA a été produit par Yves Bisaillon et Johanne Bergeron au Programme Français de l’ONF.

Merci à Jorge Bustos-Estefan pour l’aide avec ce blogue.

‘La Bataille de Rabaska’ aux RIDM

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Premières dans les cadres des Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal :

J’achète mon billet. [Billeterie et salles – RIDM]

Pour visionner la bande-annonce et en savoir plus sur le film, visitez le : www.onf.ca/labataillederabaska

VENEZ VOIR LE FILM EN GRAND NOMBRE !

Un film bouleversant et essentiel sur la torture

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Photo de Haj Ali : Enseignant irakien, il a été détenu à la prison de Abu Ghraib. Sa main gauche est toujours paralysée, conséquence des mauvais traitements subis.

Mon ami Patricio Henríquez, installé au Canada depuis qu’il a fui le Chili suite au coup d’état de Pinochet, est un des meilleurs documentaristes du pays. Il vient de sortir son dernier film, Sous la cagoule, un voyage au bout de le torture. Le documentaire est produit par Macumba International en co-production avec l’ONF. Aprés un lancement au Festival du Nouveau Cinéma, le film est actuellement en salle à Ex-Centris. C’est un film bouleversant au niveau des témoignages et très fort sur le plan esthétique, qui soulève aussi des questions essentielles concernant la politique étrangère Américaine et la ‘guerre contre le terrorisme.’ J’étais présent à la première projection à Ex-Centris et Patricio a laissé la parole à Adil Charkaoui, marocain d’origine, qui est sujet à un ‘certificat de sécurité’ au Canada. Après un long séjour en prison, il ne peut pas circuler librement, et les raisons de ses mesures sont gardées secrètes. Dans la disucssion qui a suivi le film, quelques personnes ont soulevé la complicité du Canada dans les politiques extérieure et de sécurité des États-Unis. J’ai posé quelques questions à Patricio.

Magnus Isacsson : Quelle a été ta réflexion sur les stratégies de réalisation ? Ce n’est pas un sujet facile !

Patricio Henríquez : Avec ce type de film avec une thématique si vaste dans l’espace et dans l’Histoire, il faut composer avec une grande diversité: personnages, lieux de tournage, sources d’archives, information, etc. Et malgré un travail de recherche poussée, on ne sait pas tout au début des tournages, ce qui laisse peu de possibilités pour définir un style. Cependant, il a toujours été clair pour moi que le sujet allait être traité essentiellement sur la base de témoignages. Nous avons favorisé des éclairages et des prises de vue qui mettaient en relief les personnalités de nos témoins. Nous avons aussi décidé de tourner toutes les entrevues à deux caméras. L’une en mouvement, très proche des personnages, explorant au maximum leurs expréssions corporelles, alors que la deuxième était fixe avec des plans moyens. Forcément, beaucoup de décisions de style ont été prises au montage et nous ont permis d’orienter le travail infographique sur les gravures d’époque ainsique quelques images plutôt impressionistes tournées en cours de montage.

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Monique Simard sur les changements dans l’industrie

Monique S. & Magnus

Juste avant d’être nommée Directrice du Programme Français de l’ONF cet été, Monique Simard fêtait le dixième anniversaire de productrice au sein de la compagnie Virage fondée par son mari Marcel Simard. Monique a dévéloppé une connaissance profonde de l’industrie et des conditions de production du documentaire. Son anniversaire était l’occasion pour moi de lui poser des questions sur les changements survenus depuis dix ans.

Magnus Isacsson : Qu’est-ce qui a changé à ton sens depuis 10 ans?

Monique Simard : L’industrie. Le documentaire est devenu une industrie. Avant, la demande n’était pas là; le marché n’était pas là. Et ce qui a fait qu’en sorte que c’est devenu une industrie, c’est l’explosion des chaînes câblées et satellites, pas juste ici, mais partout sur la planète. Comme je dis tout le temps, il faut nourrir la bête. Comment? Il faut produire, notamment dans le genre documentaire. Et quand je dis genre documentaire, j’inclus tout: la série animalière, la série tous sujets et le documentaire unique. Donc, c’est devenu vraiment une industrie.

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La Mémoire des Anges

La mémoire des anges

Peut-on savoir qu’un film est exceptionnellement beau sans l’avoir vu ? Dans ce cas, oui, parce que des amis auxquels je fais confiance l’ont vu. Et je connais le talent des cinéastes qui l’ont fait. Luc Bourdon l’a réalisé, Michel Giroux l’a monté – et le monteur est ici ( comme toujours, mais plus encore…) un artisan crucial, puisqu’il s’agit d’un film composé uniquement d’archives- et Christian Medawar l’a produit pour l’Office national du film. J’ai demandé à Luc et à Michel de me dire qu’est-ce qu’ils ont trouvé particulièrement important avec ce projet aui nous présente Montréal à l’époque de nos grands-parents.

Luc Bourdon
Luc Bourdon

« Avoir du temps… Ce temps si précieux qui permet de faire de la recherche afin de cerner un sujet. Avoir aussi, dans le cadre de ce projet, le privilège de scénariser avec l’aide d’un petit banc de montage et la complicité d’un bon ami qui a du talent (et de l’écoute), soit le monteur Michel Giroux. Avoir le temps d’effectuer un premier travail de montage (maquette) afin de voir s’il y a un projet à poursuivre, à nourrir, à faire grandir. Une fois le sujet et un style clairement définis… Administrativement approuvé… Pouvoir numériser 200 films issus de la collection de l’ONF et jouer… avec les images et les sons… rigoler… se perdre… Bref, pouvoir rire et pleurer en toute impunité. Se retrouver face à des souvenirs, des réminiscences d’un passé pas si lointain mais totalement oublié. Avoir du temps et la légitimité de créer et pouvoir ainsi retrouver une époque, des moeurs, des attitudes. Revoir des rêves. Voir des gueules d’hier qui nous ont rappelé celles d’aujourd’hui. Se souvenir de nos pères, mères, s¦urs et frères, nos voisins et nos pairs… Retrouver des fragments d’une société bien documentée, vachement bien filmée et prendre, ainsi, au vol, une grande leçon de cinéma. Avoir du temps pour travailler, c’est pour ainsi dire… être libre de créer! Maintenant, l’espoir est que tout cela (le résultat – un film!) soit contagieux… à suivre.»
Luc Bourdon

Michel Giroux
Michel Giroux

« Le plaisir immense de revisiter ces films, de jubiler, fantasmer, monter avec Luc, un ami avec qui il fait bon créer, dans un cadre idéal fournit par l’ONF, à partir d’une source de matériel aussi riche. Le pouvoir évocateur des archives, des vieilles images des souvenirs. Les anges, ceux que l’on voit, cette vie qu’on observe confortablement car eux ne nous voient pas. Cet espace, le même dans lequel nous vivons aujourd’hui s’est métamorphosé et ces gens ne sont pour la plupart plus là. Parfois, être touchés des fois juste d’unir ces images aux sons, aux voix, aux musiques et aux chansons et de les sentir nourrir le sens, l’émotion, l’énergie de ce qu’on voit. La joie de se faire parfois surprendre par ce qui émerge sur l’écran et dans nos oreilles. On nous a appris que les anges nous voient, qu’on ne peut pas les voir. Les anges c’est aussi tous ces créateurs et artisans, qui ont mis au monde cette mémoire, auxquels on a eu le sentiment de rendre hommage. »
Michel Giroux

La Mémoire des Anges sera à l’affiche au Festival du Nouveau Cinéma les dates suivantes:
• vendredi 10 octobre – salle Fellini à 19h00
• dimanche 12 octobre – salle Cassavetes à 17h00
• dimanche 19 octobre – salle Parallèle à 21h20
[Le festival aura lieu du 8 au 19 octobre.]

Par la suite, Mémoire sortira au Cinéma Parallèle, à Ex-Centris, le 20 octobre et au Clap à Québec le 31 octobre.

Merci à Jorge Bustos-Estefan pour l’aide avec ce blogue.