CHANGE – Le 10e anniversaire de l’ATSA

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Annie Roy à l’occasion de l’overture de CHANGE, le nouveau magasin de l’ATSA

Cette semaine nous avons fait un tournage important lors du 10e anniversaire de l’ATSA, l’Action Terroriste Socialement Acceptable, sujet du film URGENCE CRÉATION que je fais avec Simon Bujold. Annie Roy et Pierre Allard lançaient une publication et ouvraient en même temps un magasin intitulé CHANGE sur la rue St. Laurent, à deux coins de rue de chez moi. CHANGE a ici un double sens: c’est à la fois le changement social et le petit change que Annie et Pierre voudraient ramasser en vendant des produits dérivés de leurs installations réalisées depuis dix ans. Le tout est un pied-de-nez à une société commerciale où tout est question d’argent et de produits.

Pour vous décrire les événements de la soirée de lancement, je laisse la parole à mon stagiaire Jorge Bustos-Estefan :

« L’ouverture de CHANGE (le nouveau magasin de l’ATSA sur Saint-Laurent, coin Marie-Anne) faisait partie des célébrations de leur 10e anniversaire. Annie Roy y a présenté un nouveau livre qui a pour titre ATSA, Quand l’art passe à l’action, auquel ont participé plusieurs écrivains et artistes. Elle a aussi expliqué qu’en ce moment, la motivation principale de l’ATSA est d’empêcher la victoire de Stephen Harper et des conservateurs aux prochaines élections fédérales. Ceci étant dit, le lancement du livre a été suivi par un rassemblement en plein air au Parc du Portugal, de l’autre côte de la rue, où des interventions d’artistes avaient pour principal sujet (et objet) les politiciens et les partis politiques. Ces interventions à l’allure de foire (un stand de tir, un stand d’un magicien, un bac à sable, etc.) invitaient le public à participer et prendre position avec eux. Autant l’ouverture du magasin que l’événement en plein air se sont déroulés magnifiquement et ont réussi à attirer une grande foule. Il y aura d’autres activités au magasin au cours des prochaines semaines. Pour l’instant, vous pouvez visiter leur magasin à Montréal ou le site web de CHANGE ici. »

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Les politiciens et les partis politiques étaient le sujet principal de l’événement à l’extérieur.


Vidéo par Jorge Bustos-Estefan et Isabelle Kostecka

Méta-Morphosis: cinematic still photograpy at its best

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Exposition Méta-Morphosis

My friend the excellent D.O.P. Stefan Nitoslawski, who received the prize for best direction of photography at Hot Docs in 1999, also works with experimental and artistic photography, studying the anatomy and movements of the human body in evocative photographs. The beautifully textured result is reminiscent of Norman McLaren’s ‘Pas de Deux.’ I recommend going to his exhibition at the Cinémathèque Québécoise from September 17 to November 9. I asked Stefan a few questions.

For more info:

http://www.cinematheque.qc.ca/affiche/metamorphoses.html

How did you come to create the photos?

Stefan : Through several years of experimenting. I started by wanting to explore portrait photography but the results didn’t grab me. Through playing around with ways in which to photograph people, I came to shooting with progressively longer exposure times. What fascinated me was that through specific movement I could achieve a new figurative form that radically departed from the form of the model that I was shooting. This kind of transformation now interests me.

What do you mean by transformation?

It is a shorthand term that I use to describe the change I’m trying to achieve within the images. Movement in photography doesn’t interest me per se; I’m not trying to capture a movement blur. What I’m trying to get is a shift in the human form that will jog the viewer into looking at people in a different way. Basically, through these images I want to evoke an interior state of being. I’m interested in what is going on inside a given person. The way in which we see people in our daily live is one way of seeing them. The classic snap shot is great at capturing that outer expression. I am trying to record a different reality and, in a sense, reflect on issues of perception.

It looks like the images have been manipulated by computer.

There is no manipulation. I construct the images though working out a kind of choreography, with the model that creates the various shapes. Lighting is critical as with any film or photo situation; it helps to highlight or hide certain aspects of the form. With exposure I control the layers of movement and it’s degree of deconstruction.

Are you photographing the model or are you using the model to create an image from your own imagination?

I think it’s a bit of both. No one model registers the same way. With certain models there seems to be an interesting transformation but with others it is difficult to get something to occur. No one moves in the same way, with some it’s interesting with others it is less so. So, for the images that I have retained, I feel that there is an important component of the models spirit in the picture. On the other hand, my perception is also important. The ideas for the images come from my imagination and I create a movement sequence to achieve that form. Then, during the exposure, I’ll direct the model to highlight rhythm, energy and amplitude of the action.

Is your exhibit at the Cinémathèque an installation?

Yes, ways in which to represent the transformations have evolved beyond the photos. I have always imagined how I could get these still images to move. The Cinémathèque gave me an opportunity to do just that. So with traditional animation techniques I’m sequencing several hundred images into moving shots. The result will be a projection that will be running in a loop. Chantal Dumas, an electro-acoustic artist, will be creating a soundscape. So, along with the design of the exhibit space, we are trying to create a more immersive environment to explore how we perceive ourselves.

Thanks to Jorge Bustos-Estefan for help with this blog.

Les Femmes de Bruckman

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Isaac Isitan avec une des travailleuses, Celia

Je viens de voir un très bon film sur la prise de contrôle d’une usine de vêtements en Argentine par les travailleurs, et surtout travailleuses. Un film réalisé par Isaac Isitan et co-produit avec Carole Poliquin, pour Isca Productions. C’est dans le contexte de la crise économique terrible de 2001 que les employées de la firme Bruckman se sont retrouvés sans patrons et sans leur paye, les propriétaires ayant pris la fuite avec leur argent. Plutôt que de s’en aller chez elle et chômer, elles ont décidé de prendre charge de l’usine et de continuer à travailler. Elles sont devenues leurs propres patronnes. Mais avec l’amélioration de la sitution économique, les patrons ont voulu revenir et reprendre l’usine. Le film documente la lutte qui s’ensuit, sur une période de cinq ans. On a l’impression d’assister à un leçon d’auto-organisation tout à fait exemplaire, selon les principes défendues par la gauche anti-autoritarie dans laquelle j’avais moi-même milité quand j’étais jeune. J’ai bien aimé le film, entre autre parce que le réalisateur n’a pas peur de parler des nombreuses contradictions et conflits internes qui sont inévitables dans de telles luttes. J’ai quand même posé quelques questions critiques à Isaac Isitan.

Il n’y a pas beaucoup de suspense dans le film, on a l’impression de savoir dès le début comment la bataille va se terminer. Commentaire ?

Pour la majorité de spectateurs c’est tout le contraire. C’est juste les gens plus activistes, très informées et préoccupés sur l’actualité qui connaissent la fin de l’usine Brukman.

Tu as très bien couvert la lutte dans l’usine et dans la rue, mais on ne rentre jamais dans l’intimité des femmes, on ne voit pas la conséquence sur leurs vies personnelles. Pourquoi ?

Le focus du film était l’éveil politique des femmes, ainsi que leur découvert de certains tâches qu’elles avaient jamais pensé réaliser, tel que l’administration et gestion d’une usine. Ce qui m’intéressais était montrer les changements soufferts dans leurs vies face à la gestion et control de la manufacture Bruckman, qui sont aussi des changements personnels.

L’action initiale a lieu dans le contexte de la crise de 2001, mais après on n’apprend rien sur l’évolution de la situation politique et économique, si ce n’est que la visite de quelques ministres. Est-ce que le changement de la situation en Argentine n’a pas conditionné ce qui se passait dans l’usine?

Oui, absolutement. L’élection de Kirchner a influencé dans la victoire sur le plan égal, mais c’est grâce aux mouvement sociaux que Kirchner est arrivé au pouvoir et que les femmes ont récupéré l’usine. C’est ça que j’ai voulu montrer dans le film. Je ne voulais pas faire un film comme The Take dans lequel on ne fait que suivre la crise argentine. Mon film raconte l’évolution des femmes, leur éveil, leurs façons de faire. Comme les femmes de Brukman dissent: “C’est la lucha popular (la lutte sociale) qui les a aidé et les a emmené où elles sont présentement” C’est cette lutte que j’ai voulu montrer dans mon film.

Le contenant le le contenu: Le Moulin à Images

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Paul Lapointe

Je vous avais parlé, avant de partir en Europe, de la projection fantastique de Robert Lepage, ‘Le Moulin à Images’, dans le cadre du 400e de Québec. Voici la réaction de mon ami Paul Lapointe. Il a longtemps travaillé pour l’ONF avant de devenir producteur indépendent et de fonder la compagnie Érézi en octobre 1996. Il a produit trois de mes films, et je le connais comme quelqu’un qui soulève toujours des questions de fond. Voici son point de vue sur ‘Le Moulin à Images’. (S’il nous parle de Orwell et Huxley, c’est qu’il sait que j’admire ces deux auteurs de romans d’anticipation et que je travaille sur un projet sur leur oeuvre. )

L’expérience du Moulin à images produit invariablement l’émerveillement. Une projection en extérieur jetée sur un écran de plus de 25 silos créant un rapport horizontal fabuleux, tout ça est effectivement inédit et remarquable d’audace. Le contexte du 400e anniversaire de Québec ajoute à cette expérience parfaitement singulière. Les défis techniques y sont vraiment formidables. Au delà de ces aspects, toutefois, personne ne réfère jamais au contenu, si ce n’est pour mentionner que Lepage y fait un survol historique de la ville de Québec. J’ai, comme tous, été très impressionné par le dispositif et par certains effets d’animation, notamment ces images saisissantes des chutes de Montmorency. Mais j’ai aussi été surpris et déçu de la linéarité du récit, de même que par l’absence complète de point de vue. Lepage est un artiste de grand renom, et mon intervention ne vise nullement à remettre en cause son oeuvre ou son génie. Mais son survol historique de Québec me parait non seulement linéaire et descriptif, il ne produit aucune émotion, et ne commente RIEN.

Mettre en place pareil dispositif pour ne rien dire me scie. Se rendre éloquent à ne rien dire, et dire ce rien au monde entier me stupéfait. Essayons d’imaginer une œuvre de Dominique Blain qui n’aurait pas de point de vue. Impensable, non ? Pourquoi Lepage se donne-t-il autant de mal à ne rien dire? L’attrait de la technologie aurait-il donc l’effet du parfait anesthésiant sur la raison ? Qu’en penseraient George Orwell ou Aldous Huxley?

Une projection fantastique: Le Moulin à Images

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Le moulin à images

Avant de prendre congé pour un mois, il faut que je vous parle du Moulin à Images de Robert Lepage, présenté chaque soir – gratuitement – dans le cadre du 400ième de la ville de Québec. Mon ami Stefan Nitoslawski et moi avons fait le pélérinage à Québec l’autre soir juste pour voir cette oeuvre, une présentation audiovisuelle de l’histoire de la ville de Québec projeté sur les anciens silos du port de Qubec. Et c’est sensationnel! Lepage exploite à la fois la dimension verticale donnée par les silos, construites en hauteur, mais aussi l’aspect horizontal d’un ‘écran’ de plusieurs centaines de mètres, formée par l’ensemble des silos. Le montage d’images est d’une densité et d’une créativité impressionantes, avec une multitude de trouvailles et de surprises. On peut observer la projection de haut, des remparts, ou d’en bas, des quais du port. La musique composée de René Lussier (qui a travaillé à la musique de plusieurs de mes films) est géniale, souvent plus proche d’un montage sonore que d’une ‘musique’ dans le sens classique. J’ai demandé à Stefan, un excellent directeur photo ( il a tourné un grand nombre de documentaires dont plusieurs séries de Brian McKenna) qu’est-ce qui l’a le plus impressioné avec le Moulin à Images.

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Stefan Nitoslawski

Stefan : ‘La première chose qui vous frappe c’est la grandeur de l’écran de projection. C’est fantastique! ; si large et panoramique, ça donne l’impression qu’une grande série de cartes postales te racontent une histoire. Ensuite Lepage intégre brillament l’architecture des silos dans la narration. Les grandes tours cylindriques deviennent autant un seul écran, qu’une rangée de cigarettes, de chandelles, de gens… Finalement j’ai aimé sa façon de jouer avec de l’animation pour raconter l’histoire de Québec.’

Avec ton oeil de DP, quelque chose de spécifique t’a marqué?

‘Je n’ai pas vraiment regardé la projection avec mon oeil de directeur photo. Je l’ai plus regardé en tenant compte de ma propre expérience en animation. Ce qui m’a inspiré c’est la façon dont des idées simples ont été juxtaposées de façon trés créative. Une expérience très graphique ; des mouvements d’images presque psychédéliques deviennent des vagues alors qu’un bateau émerge du bas de l’écran. Écrit dans une phrase, c’est banal, mais c’est une expérience visuelle puissante à plusieurs niveaux.’

Nous avons aussi vu l’exposition ‘Passagers’, une présentation de témoignages sur l’histoire de l’immigration à Québec. On se promène avec une valise à travers des salles sombres er lorsqu’on dépose sa valise, une projection est déclenchée.

Stefan: ‘Le plaisir de Passagers est d’avoir un coup d’oeil sur l’immigration comme un voyageur moderne qui prend l’avion. Aux ‘portes d’embarcations’, on vous donne une valise que vous enregistrer, et qui à travers les salles amène des entrevues vidéos de l’expérience diverses de gens sur leur arrivé à Québec ou sur leur origine. J’ai voyagé beaucoup et cette exposition est une façon très accesible de ressentir l’excitation que peuvent vivre de nouveaux immigrants ou de comprendre leur lien avec leurs racines.’

Quelque chose de plus spécifique t’a impressioné?

‘J’ai été surpris par comment l’installation réussi à faire ressentir l’expérience sans bombarder le spectateur par des chiffres ou des explications. Seulement quelques statistiques et pratiquement aucunes explications historiques. Ce que j’aime avec cette balance c’est que ça nous pose plus de questions que sa nous donne de réponses. Le résultat m’a donné envie d’aller en premier lieu en découvrir plus sur la ville de Québec, et aussi sur ma propre origine.’

Ces deux expériences nous disent t-elles quelque chose sur la situation de la présentation d’images documentaires?

‘Les deux présentations font progresser l’étendu de la palette documentaire. La technologie est devenue si sophistiquée et fiable qu’elle donne une liberté dans la production qui les rend simples mais engageante. Cela démontre aussi que notre expérience en documentaire va au dela de la télévision et du cinéma autant dans la forme que le format. Simples ou multiples projections, énorme ou petit, long ou court ; différentes techniques peuvent être utilisées pour nous donner une expérience documentaire. Ca m’impressione de voir à quel point c’est devenu un langage à grand échelle, mais aussi à quel point c’est un langage qui peut dérailler : comme nous entrons dans la dernière salle de ‘passagers’, notre valise ne voulait pas faire activer le projecteur vidéo. Un problème récurent qui était en train de faire vivre un enfer aux techniciens de l’exposition.’

Merci à Georges-Étienne Bureau pour l’aide avec ce blogue.

Un nouveau défi pour Monique Simard

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Photo par Simon Bujold.
Monique Simard est une des productrices de documentaires les plus dynamiques du Québec (voir biographie à la fin), et elle a une vision du rôle du documentaire dans la société que je partage entièrement. C’est pourquoi je salue sa nomination au poste de Directrice du programme français de l’ONF. Je connais bien Monique, puisque – en plus d’avoir participé avec elle à des multiples réunions de comités, délégations de lobbying et panels – elle et son mari Marcel Simard ont produit trois de mes films dans le cadre de leur compagnie Les Productions Virage. Monique a une compréhension profonde de l’ensemble du contexte institutionnel de la production documentaire, et lorsqu’elle a fêté ses 10 ans de productrice il y a quelques semaines, je lui avait demandé une entrevue pour mon blogue. Tenant compte de sa nomination, je commence par vous livrer sa réponse à ce qui était en fait ma dernière question:.

Ayant accepté ce poste à l’ONF, comment tu vois ce défi et qu’est-ce que tu comptes y accomplir ?

Monique Simard: Je peux peut-être me tromper, mais j’ai quand même bien lu, 10 fois plutôt qu’une, le nouveau plan stratégique (du Commissaire à la cinématographie Tom Perlmutter, MI) qui m’a réjouit plus que le contraire. Sinon je n’y serais pas allé, j’aurais pas intérêt – je ne m’en vais pas là pour me bagarrer inutilement. Les couleurs sont annoncées, donc il faut que je puisse agir dans un univers ou au moins dans des orientations qui me conviennent; ce qui est le cas.

C’est évident que l’ONF est sous-financée. Il faut le dire, parce que c’est vrai. L’ONF n’a pas été indexée dans ses budgets depuis… très très très longtemps. Donc dans la vie, moi je suis une femme d’affaires. Quand ton budget n’a pas augmenté et que moi, je suis obligée de produire le même film aujourd’hui avec un budget plus bas qu’il y a 5 ans, ça veut dire que j’ai vraiment beaucoup moins de moyens. Donc, c’est vrai aussi pour l’ONF et l’ONF est aussi une institution publique, avec les lourdeurs et les contraintes qu’imposent l’institution publique. Une institution publique c’est de l’argent publique; il y a des comptes à rendre , il y a de la bureaucratie, il y a des conventions, il y a des systèmes, qui font que les espaces ne sont pas aussi libres. C’est-à-dire qu’il n’y a pas un champs de liberté, je dirais, entre guillements comme je peux avoir à Virage, où je me revire de bord sur un 10 cent; si ça ça marche pas je vais faire autre chose: ‘bonjour la compagnie,’ je n’ai des comptes à rendre qu’à moi-même et je n’ai des conséquences qu’à vivre moi-même… J’ai quand même des employés. Je suis toujours très préoccupée du sort des employés, de leur sécurité, de la qualité des productions et de protéger mes cinéastes, mais il reste qu’il y a là une plus grande liberté que quand on travaille dans le cadre d’obligations.

Mais, pourquoi j’ai fait le choix? C’est parce que justement, dans la période que l’on vit actuellement, avec ce cadre plan stratégique qui vient d’ être proposé, je sens qu’il y a là une possibilité d’expérimentation du nouvel univers de production (avec l’équipment plus accessible, les multiples plateformes etc. MI) . Et c’est pour ça que j’ai dit ‘’ok, je vais y aller’’. Moi j’ai surtout travaillé avec le programme français depuis 10 ans. J’ai produit beaucoup de films avec eux. Dont le premier: Des marelles et des petites filles’, mon premier, c’était un hit, celui-là. Peut-être que j’aurais pas continué si ça n’avait pas été ça. Nous sommes donc dans un nouveau contexte où je vais pouvoir oser dans une forme de creation et d’innovation. Aussi, pour avoir beaucoup travaillé avec le programme français, je sais bien ce que le programme a vécu depuis 10 ans. Je pense qu’il y a eu 6 ou 7 directeurs. Écoute, c’est ridicule. Une série aussi de malchances. Par exemple, Claudette Viau qui est tombée malade et qui a dû quitter pour des raison de santé, et il y a eu des démissions et de multiples intérims. Virage n’aurait pas réussi comme Virage a réussi – parce que je considère que Virage est une boîte qui a réussi – s’il n’y avait pas eu quand même une direction assez soutenue, avec une certaine cohérence pendant un certain nombre d’années. Virage a fait des choses différentes au fils des ans. Il y a toujours eu un fil conducteur, dans son propos.

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Une orientation vers le documentaire social…
Exactement, dans son propos de société même si les cinéastes peuvent l’aborder de façons différentes, même s’ils peuvent poser des questions d’une façon différente que par exemple, moi ou Marcel on les poserait, il reste que ça reste dans cette lignée-là. Bon, je ne pense pas que je ferais un documentaires sur les chihuahuas. (rires) Ou peut-être le faire d’une autre façon. Mais alors là, en acceptant ce poste-là je prends aussi une lourde responsabilité. C’est-à-dire d’essayer aussi d’asseoir une espèce de stabilité, dans un univers de changements. Alors ça, comment le faire… évidemment j’ai des petites idées, … ou des grandes idées ! En fait je pense que c’est ce qu’on attend de moi. On me l’a dit. Et aussi, je pense que c’est ce qui est nécessaire. Je connais mes capacités. Je sais que je suis capable de diriger des équipes. J’en ai fait pas mal dans ma vie. Je sais que je suis capable de mobiliser des gens. J’ai de l’expérience dans ce que c’est: bon ok, on se fixe un but, ok, pis là, on l’a. De stimuler les gens à aller dans une direction.

Un univers qui est à la fois production, mais aussi assez politique . C’est un avantage en travaillant dans une institution comme l’ONF d’avoir une experience variée.

C’est-à-dire d’une expérience de pouvoir fonctionner dans le cadre d’institutions où il y a plusieurs intervenants, il y a plusieurs intérêts et qui parfois peuvent s’entrechoquer. De pouvoir naviguer dans un univers comme celui-là, ça, je suis de ceux-là. Et ça, oui, parce que j’ai fait ça toute ma vie. Ça fait 36 ans que je travaille ! (rires) Je n’ai pas arrêté beaucoup dans ma vie, Alors c’est de l’expérience. Parfois, je dis… parce que à Virage on travaille avec des jeunes personnes. C’est quand même extraordinaire. Virage est fondé au fond, sur un petit noyau de personnes, outre Marcel et moi. Quelqu’un a dû quitter pour des raisons de santé, mais à part ça, les autres sont de jeunes femmes. Sauf exception, c’était leur première job en sortant de l’université. Que ça soit pour Nadège, Isabelle, Stéphanie ou Mélanie. Et donc, 10 ans, 9 ans, 7 ans et j’ai vu comment on est capable de stimuler, d’agir comme mentor, de former, tout en travaillant, tu vois ? Pis ça, je pense que je sais bien faire ça. Alors, moi je quitte Virage, entre autre, parce que comme je leur ai dit: ‘’Allez-y, là, c’est le temps ! Allez-y là ! Je suis plus là, prenez toute la place’’. Et je répéte tout le temps: ‘’Moi je dirgeais la CSN, j’avais 33 ans…’’. (rires) Alors, si j’étais capable de faire ça à 33 ans, vous êtes certainement capable de produire à Virage !

Voici un extrait du communiqué de l’ONF:

Mme Simard se démarque par son appui toujours renouvelé au cinéma socialement engagé, son énergie et sa vision claire pour le développement du documentaire d’auteur. Mme Simard croit profondément en la force sociale du documentaire, aux extraordinaires possibilités du cinéma d’animation et à l’innovation créative que permettent les nouvelles technologies numériques. À titre de producteur public, elle sait que l’ONF peut prendre des risques et, de ce fait, demeure un endroit unique pour conjuguer engagement, création et innovation.
Depuis 1998, Monique Simard est directrice générale et productrice aux Productions Virage, une des principales maisons de production indépendantes de documentaires au Québec. Son premier film produit, une coproduction avec l’ONF, s’intitule Des marelles et des petites filles’…, réalisé par Marquise Lepage. Monique Simard a depuis produit plus d’une trentaine de documentaires réalisés par des cinéastes de premier plan, dont À hauteur d’homme’ de Jean-Claude Labrecque (Jutra du meilleur documentaire 2004), ainsi que plusieurs coproductions avec l’ONF, dont Les réfugiés de la planète bleue’ d’Hélène Choquette et Jean-Philippe Duval. Toujours à l’affût des nouveaux talents, elle a également soutenu des cinéastes de la relève, telles Anaïs Barbeau-Lavalette et Karina Goma. En 2007, elle s’est associée à Turbulent, une des plus importantes firmes de production interactive au Québec, pour la création du site Internet primé de l’émission Le Fric Show, présentée à la télévision de Radio-Canada.
Très active dans le milieu, elle est formatrice en documentaire à l’Institut national de l’image et du son (INIS) et intervient régulièrement dans les médias au sujet du documentaire, du cinéma et de la télévision. Elle est également membre de plusieurs conseils d’administration, comme celui de l’Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ), dont elle préside la section documentaire, et celui des Rencontres internationales du documentaire de Montréal, dont elle est un des membres fondateurs. Elle a été présidente de la Cinémathèque québécoise, en plus d’être cofondatrice et vice-présidente de l’Observatoire du documentaire.

Merci à Simon Bujold, Marie-Ève Tremblay et Georges-Étiennt Bureau pour l’aide avec le blogue.

‘Sexy’ – un court-métrage important.

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‘Sexy’ de Sophie Bissonette

Un rapport du Conseil du Statut de la Femme publié cette semaine tire la sonnette d’alarme. Les stéréotypes dans les médias et la publicité conduisent à l’hypersexualisation des jeunes, jeunes femmes en particulier. Les filles doivent être séductrices et tout faire pour plaire aux garçons. L’estime de soi prend le bord, hypothéquant les acquis arrachés de haute lutte par le mouvement féministe depuis les années ’60. Les médias ont contre-attaqué, la controverse fait rage.

La cinéaste Sophie Bisonnette qui a plusieurs films féministes à son actif (dont ‘Quel Numéro’, ‘What Number’, ‘Des lumières dans la Grande Noirceur’ et ‘Partition pour voix de femmes’) a sorti un film sur le sujet l’année passée: Sexy inc, Nos enfants sous influence. En regardant le film, on ne peut pas nier qu’il y a là un probléme sérieux. Produit et distribué par l’ONF, le film est un succès de distribution. Je lui ai posé quelques questions.

Depuis quand est-on conscient de ces problèmes, et qui – ou quel organisme – a été les premiers à mettre le doigt dessus ?

Sophie Bissonette : La sexualisation de notre environnement s’est installée insidieusement dans tous les médias et dans les produits de consommation offerts aux enfants et aux jeunes. Au Québec, c’est le Y des femmes de Montréal qui en premier a sonné l’alarme il y a 4 ans. Dans les programmes que le Y offre aux filles pour développer le leadership et l’estime de soi des filles, les animatrices se rendaient compte que les images sexualisées auxquelles les filles étaient exposées avaient un impact négatif important sur elles. Le Y des femmes a obtenu la collaboration des Services à la collectivité de l’UQAM pour monter un projet de recherche et de formation qui s’appelle Outiller les jeunes face à l’hypersexualisation. Et j’ai approché l’ONF qui a accepté de produire le film Sexy inc. Le film est le fruit de cette collaboration.

C’est un problème imporant, mais ton film a été fait avec un très petit budget. Pourquoi ?

Tu as raison Magnus, le sujet est complexe et les conséquences sont très graves. Cela mériterait que plus de ressources y soient consacrées. Nous avions un sentiment d’urgence qu’il était nécessaire de produire un film rapidement sur le phénomène, d’autant plus qu’il touche des enfants. Comme tu le sais Magnus, trouver le financement pour produire un documentaire prend maintenant plusieurs années. J’ai donc opté pour un film d’une demi-heure à petit budget pour qu’il puisse se faire dans l’année. On ne s’est pas trompé: le film est un blockbuster de l’ONF. La demande est très forte. Ceci dit, je sens qu’il y encore beaucoup à dire sur le sujet, et j’aimerais bien pouvoir faire maintenant un autre film pour poursuivre.

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Sophie Bissonette

C’est un film pour les jeunes, ou pour les adultes ? Est-il possible de faire les deux en même temps ?

En fait, c’est un film pour les adultes, pour aider les parents, les enseignant/e/s, les éducateurs/trices et les intervenant/e/s jeunesse à intervenir auprès des enfants et des jeunes, pour les outiller. Des entreprises commerciales ont ciblé nos enfants et nos jeunes pour leur vendre des images sexualisées et très stéréotypées. Nos enfants baignent dans cet univers-là maintenant. Il faut absolument que les parents et tous ceux et celles responsables de nos enfants réagissent et reprennent le terrain perdu à ces entreprises. Le film est aussi très percutant pour les jeunes de 14 à 16 ans, mais il est inapproprié pour un public plus jeune. Non, il n’est pas possible de faire les deux. J’avais besoin dans ce film de conscientiser les adultes en leur montrant quelles sont les images auxquelles leurs enfants sont exposés y compris la pornographie et d’avoir des témoignages parfois crus sur les impacts, notamment les pratiques sexuelles des jeunes.

Quel rôle un film avec un contre-message peut-il jouer auprès des jeunes, alors qu’ils sont justemment inondés de messages ?

Les enfants et les jeunes sont très mal à l’aise avec ces images. Ils se sentent envahis, sous pression, qu’on leur propose un modèle unique, des stéréotypes qui ne correspondent pas à leurs aspirations personnelles. Il faut développer leur esprit critique et leu discernement pour en faire des résistant/es à ces images, leur proposer d’autres modèles (nous-mêmes en tant que parents sommes les meilleurs modèles) et leur offrir des alternatives. Il faut faire confiance à nos enfants et avec eux et elles repousser ce phénomène. Nous avons affaire ici à de gros joueurs, donc il faut s’impliquer à la fois personnellement auprès de nos enfants et collectivement si on veut y arriver. Comme on le voit dans le film, une mère de famille décide de faire l’éducation de ses jeunes enfants en rhabillant de façon créatrice les filles à moitié nues d’une publicité d’American Apparel à l’endos du journal “Voir” et d’envoyer les créations des enfants avec leur message aux compagnies en question. C’est un exemple d’une très belle initiative qui pourrait être reprise par d’autres.

Un trés beau film: L’atelier de mon père

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Jennifer Alleyn avec son père Edmund.

Il n’y a pas longtemps j’ai eu l’occasion de voir ‘l’Atelier de mon père’, un trés beau film de Jennifer Alleyn produit par Jeannine Gagné à Amazone Films. Le film prend l’affiche à ExCentris en français et au Cinéma du Parc et anglais à partir du 9 Mai. Excellent montage par Annie Jean. C’est un film à voir au grand écran.

Il était tout un artiste, Edmund Alleyn: un grand coloriste, créatif et aussi très original. Il ressort du film de Jennifer que son père a effectué bien des ruptures au cours de sa carrière. Chaque fois qu’il obtenait un grand succès il délaissait le style qu’il avait affectioné pour se lancer dans une nouvelle aventure imprévisible.

Créatif, original, mais pas loquace. Jennifer a faut une entrevue avec lui, qui commence le film. Il livre des vérités lourdes de sens, mais elle a du travailler fort pour lui les arracher. Et il est mort pas longtemps après. Le film témoigne de sa vie et de son art.

En plus des grandes qualités du film en termes cinématographiques je me suis en quelque sorte reconnu dans ce film, puisque mon père Arne est un artiste. Il vit en Suède, il a quatrevingt-onze ans, et il continue à peindre. Mon oncle Torsten, décédé il y a un an, était peintre et sculpteur. Ma soeur Eva peint des aquarelles et fait des dessins. En regardant le film de Jennifer j’ai presque senti l’odeur de la peinture d’huile des studios d’artistes de mon enfance.

J’ai imaginé que ça n’a pas été facile pour Jennifer de faire un film sur son père, et je lui ai posé quelques questions.

Comment t’es venue l’idée de faire un film sur ton père?
Je me suis trouvée devant une pensée, une philosophie que j’ai eu envie d’approfondir, de mieux connaître. Le fait qu’il s’agisse de mon père m’est même d’abord apparu comme un obstacle. J’étais consciente qu’il n’avait ni la reconnaissance de Riopelle, ni le pouvoir d’attraction d’un Borduas. Mais son parcours me fascinait. C’est celui d’un esprit libre.

Quels sont, dirais-tu, les grands thèmes que l’on retrouve dans le film?
Le film s’articule autour de deux thèmes chers à Edmund Alleyn, qui sont la mouvance et la fixité. La mouvance, métaphore de la vie, se retrouve non seulement dans le parcours géographique de cet artiste qui a vécu à Québec, puis à Paris et enfin à Montréal; mais aussi, d’un point de vue iconologique, dans les symboles représentés dans les oeuvres, au premier plan le motif de l’eau qui traverse la peinture d’Edmund Alleyn, du début à la fin. L’idée de fixité, qui apparaît plus tardivement dans l’œuvre, est présente dès le début du film. Cet atelier déserté par l’artiste, ce lieu où le temps est suspendu, suggère la fixité de la mort, un arrêt du mouvement.

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C’est un film très personnel, as-tu hésité avant de l’entreprendre ?

Je n’ai pas hésité, mais j’ai attendu longtemps. Je savais qu’il serait impliquant et truffé de risques! J’avais déjà tenté d’approcher mon père avec une caméra, mais il redoutait les entrevues, il était secret. Puis, trois ans avant sa mort par un après-midi d’été, il a ouvert la porte et j’ai pu lui poser quelques questions. Après son décès, ces bandes vidéo ont pris une autre valeur. Et lorsque j’ai hérité de son atelier, le projet s’est imposé de lui-même.

Aurais-tu pu faire le film pendant que ton père était en vie? Regrette-tu de ne pas l’avoir fait?

Le seul regret que j’ai, c’est qu’il n’ait pas pu assister à la première du film!
Mais il aurait été impossible de faire le film de son vivant parce qu’il aurait voulu tout contrôler et j’aurais fait son film! Un peintre, par définition, est un créateur total. Avec son décès, un mur est tombé. Maintenant je le remercie d’avoir mis cette paille, si riche, dans mon berceau. Il a fallu qu’il parte, que le lien émotif ne soit plus là, entre nous, comme une interférence, pour que je puisse entrer dans son monde.

Tu as choisi de parler à ton père. Est-ce avant tout un choix de communication avec le public, ou parce que tu avais des choses à lui dire, ou à mettre au clair entre vous ?
En cours de recherche, il m’arrivait d’écrire à mon père de courts textes. Ils étaient souvent trop intimes, mais ils ont nourri la narration. Et j’ai gardé le Tu qui me semblait à la fois personnel et permettant une implication du spectateur. On a tous un père à qui l’on a dit tu. J’ai fait ce film parce que je crois au dialogue, à l’humain, à la richesse des idées partagées. Mais le dialogue dont je parle à la fin du film est celui que j’entame avec son oeuvre. C’est celui de l’art, qui va de soi à soi et qui ne finit jamais.

Americano prend l’affiche

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Mon ami le grand documentariste Carlos Ferrand a déjà été primé à plusieurs reprises pour son film ‘Americano’, un excellent ‘road movie’ continental dans lequel il prend le pouls des Amériques au complet, et arrive à un diagnostic qui n’est pas très encourageant, mais où l’espoir réside dans la force des personnages.

De la terre de feu à la terre de glace ‘Americano’ est le voyage personnel d’un cinéaste québécois-péruvien parcourant les ruelles des Amériques. De la Patagonie au Nunavut, au cours de quatre années, Carlos Ferrand a revu des amis chers, des hommes et des femmes rencontrés jadis lors de ses vagabondages américains : des parents, des cinéastes et professeurs, la cuisinière de son enfance, un médecin, tous porteurs d’une mémoire et d’histoires fortes et signifiantes, qu’il a voulu tirer de l’ombre.

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Le visionnement d’Americano nous laisse le souvenir du plus beau legs qu’un immigrant puisse faire à son pays d’accueil: lui raconter d’où il vient et de lui parler de la blessure de l’exil. Il laisse le souvenir d’un cinéaste qui chante, d’une cuisinière qui sait parler aux animaux, d’un chasseur d’ombres et de peuples disparus, de lutteurs masqués et de sacrifices humains, d’une prière à la Santa Virgen de la Guadalupe, d’hommes et de femmes qui se battent pour la justice; souvenir aussi d’un chant gospel et d’un poème d’Aimé Césaire; et enfin de « la princesse d’un futur incertain » et des espoirs d’un cinéaste pour un continent.

Vaste par le territoire qu’il embrasse, le film demeure un voyage intime par le regard qu’il pose et la parole qu’y tient Ferrand. Il se déploie comme un long chant de blues inspiré par la présence des peuples fondateurs. Americano est inclassable : road movie, plongée dans la mémoire, journal intime, film engagé sans être militant, film poétique empreint d’une profonde humanité.

Ne manquez pas ce grand film qui prend l’affiche le 21 mars 2008 au cinéma l’Excentris.

Doc engagé: Numéro spécial de la revue Possibles.

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André Thibault, photo Simon Bujold

A l’invitation de André Thibault, j’ai collaboré au numéro spécial de la revue Possibles sur ‘le documentaire, art engagé’ qui vient de sortir. Au menu une table ronde avec des documentaristes ainsi que des articles sur notamment le collectif des Lucioles, Gilles Groulx, le documentaire et les femmes et bien d’autres sujets. En plus de participer à la table ronde, j’ai contribué un article intitulé ‘Le temps joue pour nous,’ et une entrevue avec le grand documentariste de L’Inde Anand Patwardhan. J’ai posé quelques questions à André Thibault, le principal responsable du numéro.

Explique-nous c’est quoi la revue Possibles.

Ce périodique, qui a 31 ans d’âge, s’est voulu dès le départ une revue d’idées progressiste et critique non alignée à une orthodoxie idéologique, combinant des essais sur des sujets sociaux, politiques, économiques et culturels regroupés chaque fois autour d’un thème – et des textes de poésie et de fiction. Les fondateurs incluaient des sociologues engagés (ex. Marcel Rioux, Gabriel Gagnon) et des poètes (ex. Gaston Miron, Roland Giguère). Les valeurs d’autonomie et d’émancipation constituent le fil conducteur de la diversité des sujets traités. Distribuée par Dimédia, la revue est présente dans les principales librairies a vocation culturelle. Autrement, on peut s’y abonner ou commander un exemplaire en appelant 514-529-1316. La page WEB Possibles donne l’éditorial et la table des matières des derniers numéros, mais n’est pas interactive.

Pourquoi vous avez choisi de faire un no spécial sur le doc engagé ?

Il nous est apparu que dans l’actuelle relance des mouvements et de la critique sociale, le documentaire, de plus en plus mûr comme forme d’art, s’inscrivait comme partenaire important à côté des formes plus classiques d’activités de sensibilisation et de mobilisation : revues, livres, conférences, colloques, manifs. Nous avions besoin de mieux comprendre (et de le faire partager à notre public lecteur) la spécificité de son apport et le pourquoi de l’engouement qu’il connaît présentement. Face à la fébrilité éclatée des diverses formes d’intervention en rupture avec la pensée unique, c’était aussi l’occasion de bâtir des ponts entre partenaires poursuivant les mêmes buts mais ayant peu d’occasions de se rencontrer et encore moins de travailler ensemble.

Qu’est-ce que tu as appris en faisant ce numéro ?

D’abord la ferveur de la communauté virtuelle que constituent les documentaristes, ferveur tant sociale que créatrice. Comme je l’ai fait ressortir dans mon édito, l’alliage d’engagement et d’empathie m’est apparu un trait dominant : plus d’émotion humaine dans l’engagement, et plus de vision sociale dans l’exploration de l’émotion humaine. Les documentaristes représentatifs des tendances présentes n’ont pas de solution magique à proposer et encore moins à imposer, ils ne divisent pas le monde en une colonne des absolument bons et une des absolument méchants. Ils viennent chercher l’être sensible et le citoyen dans chacun et l’amèment à se questionner et à ajouter ses propositions dans un débat citoyen permanent revigoré. Et cela en utilisant toutes les ressources de l’art de raconter, mais appliquées au réel.